Ceinture Fazyste: chronique d'une ville en mouvement - Episode#20

Rite de fondation

Comme tous les édifices publics de la ceinture Fazyste, les bâtiments universitaires des Bastions n’échappent pas à un rituel immémorial : la pose de la première pierre. Temps fort de la construction, l’événement plonge dans un univers mythique où ne détonnerait pas la poudre de perlimpinpin.

La pose, c’est d’abord une date symbolique, le 31 octobre 1868, à partir de laquelle le projet cesse de l’être (en réalité la construction des bâtiments est déjà entamée). C’est aussi un simulacre : la « première pierre » n’est pas la première ; l’outil est un marteau d’apparat, et ceux qui le manient ne sont pas des travailleurs manuels. Conseillers d’Etat et administratifs frappent trois coups sur le héros du jour, à savoir un bloc de calcaire ; comme au théâtre, la pièce peut commencer. La pierre est alors ajustée sous les applaudissements, la musique et les salves de canons. Viennent enfin les discours, évoquant le temps long des débats parlementaires et les protagonistes qui ont œuvré au projet. La parole n’est pas sans effet : en rappelant la gestation, compliquée comme il se doit à Genève, elle scelle le consensus et clôt le débat public, du moins pour un temps.

Mais ce n’est pas tout. La cérémonie est l’occasion de doter le bâtiment de sa propre archive, sous la forme d’une boîte en plomb remplie de documents officiels et de pièces de monnaie. Coincé sous un bloc cyclopéen, le témoignage est paradoxal. Si l’on n’avait pas subrepticement conservé un double, seule la démolition de l’édifice aurait permis, un jour, d’en révéler le contenu.