Un guide pour des espaces publics plus inclusifs

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Vers des espaces publics inclusifs - illustration : Irene Gil Lopez
Vers des espaces publics inclusifs - illustration : Irene Gil Lopez
L'office de l'urbanisme publie une analyse de terrain inédite sur l’égalité de genre dans l’aménagement du canton. Ce rapport propose aux collectivités publiques un cadre de réflexion et des outils pour transformer durablement la ville.

Comment aménager des espaces publics inclusifs? 

L’espace public n’est pas neutre. Ses aménagements reflètent — et parfois renforcent — les inégalités sociales, en laissant de côté une partie de la population dès leur conception. 

Dans le cadre de la mise en application du plan d’action de la loi sur l’égalité et la lutte contre les discriminations liées au sexe et au genre (LED–Genre), adoptée par le Grand Conseil genevois en mars 2023, la direction des projets d’espaces publics de l'office de l'urbanisme a mandaté la géographe Karine Duplan de l'Université de Genève pour conduire une étude de terrain sur l’inclusion au prisme du genre dans deux communes du canton, Carouge et Meyrin. 

Réalisés au sein de l’Institut de gouvernance de l’environnement et développement territorial de l’UNIGE, en collaboration avec l’Urban Hub, centre universitaire de compétence pour l'étude des villes et des sociétés urbaines, ces travaux donnent aujourd’hui lieu à la publication du rapport Vers des espaces publics inclusifs - Aménager au prisme du genre

Mobilité, infrastructures sanitaires, représentations symboliques, signalétique, le rapport passe en revue l’ensemble des leviers permettant de concevoir des environnements accueillants pour toutes et tous. 

L’étude sera présentée et discutée le 7 mai lors d’une table ronde organisée dans le cadre du festival Explore Demain, en présence de plusieurs spécialistes.

Des outils théoriques et pratiques

Le rapport retrace l’évolution des cadres réglementaires à Genève, analyse les enjeux de genre dans les communes étudiées en se concentrant sur des espaces spécifiques et propose une sélection de principes clés. Il met également en lumière des exemples internationaux d’aménagements réussis, ainsi que des ressources bibliographiques. L’ensemble est complété par des questions-guides et des check-lists destinées à accompagner les démarches de planification.

«Ce rapport allie des éléments théoriques, qui permettent une meilleure compréhension des inégalités de genre, avec une mise en application concrète dans des territoires genevois ciblés. Il constitue en cela un outil fondamental de réflexion à l’attention des métiers de l’aménagement, et plus largement, des politiques publiques et des citoyens et citoyennes», explique son auteure.

L’enjeu est de transformer la planification territoriale en un levier de justice sociale pour que les femmes et les minorités sexuelles et de genre puissent profiter pleinement de ces espaces.

Deux cas genevois

L’analyse menée dans le quartier de La Prulay à Meyrin, par exemple, illustre la faible prise en compte des enjeux de genre liée à l’héritage historique de son aménagement: éclairage public minimal, places de jeux désaffectées, cheminements étroits dont se détournent les usagères en optant pour des chemins de traverse plus sécures qui les obligent à traverser des espaces privés. «Des aménagements piétons de qualité, incluant des espaces verts et des zones de rencontre, seraient un premier pas pour améliorer les espaces publics existants», indique Karine Duplan.

Le long de la voie verte, à Carouge, ce sont plutôt les enjeux de cohabitation entre différents types d’usages, et donc d’usagers et d’usagères, qui ont retenu l’attention, ainsi que les enjeux écologiques liés à la localisation sur les bords de l’Arve. «La nouvelle place de jeux Noie-tes-puces et ses alentours rencontrent un véritable succès, bien que l’absence de toilettes sur cette zone ne passe pas inaperçue. Plus loin, ce sont les enjeux liés à l’entretien, du mobilier urbain notamment, qui apparaissent de manière saillante, la maintenance traduisant des formes de présence et d’attention importantes pour le sentiment de sécurité.»

Agir en amont

De manière plus générale, l’étude plaide pour un mobilier urbain pluri-usages — avec davantage de bancs, disposés de manière à favoriser à la fois l’intimité et les échanges —, des équipements sportifs non déterministes, ainsi que des espaces ouverts et dégagés, favorisant la convivialité et limitant les angles morts et les «corridors» anxiogènes. Elle invite également à repenser les représentations symboliques, notamment en féminisant les noms de rues et en diversifiant la statuaire. Elle démontre la nécessité de mener des diagnostics urbains centrés sur les territoires et les besoins des usagers et usagères lors de la conception ou de l’aménagement des espaces publics. «L’enjeu est de transformer la planification territoriale en un levier de justice sociale pour que les femmes et les minorités sexuelles et de genre puissent profiter pleinement de ces espaces», conclut la chercheuse.