Fondé en 1929 à Columbus (Ohio) selon les dernières volontés de l’industriel Gordon Battelle, le Battelle Memorial Institute (BMI) est un institut de recherche privé à but non lucratif qui vise à favoriser le progrès économique par la recherche scientifique. Il met ses laboratoires et ses compétences au service d’entreprises et d’organismes publics dans des domaines variés, de la physique à la biochimie. Après la Seconde Guerre mondiale, le BMI décide de s’implanter en Europe. Genève réunit alors toutes les conditions : dynamisme économique, rayonnement international et contexte scientifique en plein essor, avec notamment la création de l'Institut de physique et l'implantation du CERN. En 1952, le BMI acquiert la campagne Spahlinger à Carouge, un domaine de neuf hectares où s’installent les premiers chercheurs.
Dès 1953, l’architecte Georges Addor conçoit un plan d’ensemble inspiré du modèle du campus américain, organisé selon une trame orthogonale. Il réalise successivement plusieurs édifices : les bâtiments B (1953-1954) et C (1957-1958), puis le bâtiment A (1960-1962), conçu comme un centre polyvalent regroupant laboratoires, bureaux, bibliothèque, cafétéria et salles de conférence. Ce dernier représente en outre le passage, chez Addor, d’une architecture en maçonnerie exaltant la structure à des volumes lisses habillés d’une peau de verre (mur-rideau). Le bâtiment D (1966-1969), plus modeste et destiné aux bureaux, complète cet ensemble cohérent. Enfin, le dernier grand édifice, le bâtiment F (1970-1972), réalisé par les architectes Dominique Julliard et Jacques Bolliger - qui reprennent le bureau après le départ de Georges Addor - se distingue par ses façades structurées par une puissante grille extérieure en béton armé assurant le rôle de brise-soleil.
À partir des années 1970, l’Institut Battelle connaît un déclin progressif sous l’effet de la crise économique et de la concurrence des laboratoires privés. Ses locaux sont progressivement loués à des institutions académiques et à des entreprises. En 2001, l’ensemble du site est acquis par l’Etat de Genève et accueille à présent l’Université de Genève et la Haute école de gestion.
Aujourd’hui, en dépit de la démolition du bâtiment B et de sa densification, le site de Battelle présente une remarquable cohérence d’ensemble, portée par le traitement des volumes, la rigueur constructive et l’unité des enveloppes de ses bâtiments. À l’heure où une réflexion sur leur rénovation énergétique est en cours, l’inscription à l’inventaire des bâtiments de l’ancien Institut Battelle est à même d’en guider la méthodologie.
Bibliographie
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Franz Graf, Yvan Delemontey, Mélanie Delaune Perrin, « La construction de l’Institut Battelle. L’âge d’or de la recherche scientifique à Genève, 1953-1972 », Kunst + Architektur in der Schweiz, n° 4, 2021, pp. 22-31.
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Mélanie Delaune Perrin, « Battelle 1953-1972 », dans Franz Graf (dir.), Georges Addor architecte (1920-1982), Genève, MétisPresses, 2015, pp. 144-161.
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Yvan Delemontey, « Institut Battelle », dans Catherine Courtiau (dir.), XXe Un siècle d’architectures à Genève. Promenades, Patrimoine suisse Genève, Gollion, Infolio, 2009, pp. 202-203.
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Franz Graf, Yvan Delemontey (F. Graf & J. Menoud architectes), Institut Battelle, Genève. Etude sur la valeur patrimoniale des bâtiments, Département des constructions et des technologies de l’information, Direction du patrimoine et des sites – Service des monuments et des sites, Genève, septembre 2006.
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Isabelle Charollais, Jean-Marc Lamunière, Michel Nemec, « Institut et laboratoires de recherche Battelle », dans L’architecture à Genève 1919-1975, République et Canton de Genève, Direction du patrimoine et des sites DAEL, Payot, Lausanne, 1999, pp. 658-659.
Pour toute information complémentaire :
M. Yvan Delemontey, architecte et historien de l’architecture, service de l’inventaire des monuments d’art et d’histoire, DT, T. 022 546 60 15