L’héritage architectural de Daniel Grataloup (1937-2026)

Date de publication :
Portrait de Daniel Grataloup en 1972, © Daniel Grataloup
Portrait de Daniel Grataloup en 1972, © Daniel Grataloup
Le 15 avril 2026, âgé de 88 ans, s’est éteint Daniel Grataloup. Artiste protéiforme et architecte autodidacte, il fut une figure de l’« architecture sculpture » qui prône après-guerre la rupture avec l’orthodoxie moderne et dont Genève et sa région frontalière ont été un temps le creuset.

Originaire de Lyon, Daniel Grataloup débarque en 1967 à Genève où il collabore d’abord au sein du bureau d’André Gaillard. Il y développe différents projets de « villas coques » selon un procédé de construction en béton projeté dont il est l’auteur du brevet. Hormis le temple de Saint-Jean à la Chaux-de-Fonds (1967-1972) qu’il édifie avec Gaillard, sa première réalisation personnelle est l’énigmatique villa Kjellman à Anières (1970-1972), suivie quelques années plus tard par les villas Binggeli au Grand-Saconnex (1970-1974) et Vellas à Conches (1974-1976), ainsi qu’une autre à Lissieu (1974-1976) dans la périphérie lyonnaise.

 

Daniel Grataloup et Diana Schley, son épouse, décédée en 1978  La villa Kelljman, peu après sa construction, © Daniel Grataloup

Chez lui, dans l’appartement qu’il s’était aménagé à la manière d’une grotte, il se plaisait à recevoir ses hôtes dans une ambiance presque ésotérique. Chantre d’une architecture organique aux formes libres, Grataloup ne cessera de faire l’éloge de la courbe. Il conçoit ses espaces à partir des gestes et déplacements des futurs occupants, l’enveloppe qui les délimite prenant ainsi l’aspect d’une peau lisse et continue : une « solidification des mouvements ». 

Intérieur-sculpture dans son appartement de Florissant, 1968

Désireux de transformer la société et son cadre de vie, il développe en parallèle de ses réalisations domestiques l’ambitieux projet d’un « urbanisme multicoques » qu’il concrétise à travers une immense maquette exposée dans différentes villes de Suisse et d’Europe. Mais le déclin des utopies prospectives au tournant des années 1980 marque le début d’une longue traversée du désert pour Grataloup qui ne réalise plus aucun projet significatif. En 2012, le Musée d’Art Moderne de New York (MoMA) acquiert une série de dessins et de maquettes de son projet d’« urbanisme multicoques », propulsant de manière inopinée l’architecte sur le devant de la scène. 

Pré-maquette, "urbanisme multicoques", © Daniel Grataloup  Maquette "urbanisme multicoques", © Daniel Grataloup

C’est le début d’une reconnaissance tardive qui se manifeste trois ans plus tard avec l’inscription à l’inventaire de la villa de Conches. 

Villa Vellas à Conches, inscrite à l'inventaire en 2016, © Daniel Grataloup

En 2016, Grataloup fait don de son fonds d’atelier à l’État de Genève (plus d’une centaine de maquettes) et un prix portant son nom est créé visant à encourager l’expérimentation architecturale. Le MAMCO présente en 2022-2023 son travail à travers une exposition rétrospective et les œuvres dont il a fait don sont appelées à être valorisées au Pavillon Sicli. 

Personnage fantasque autant qu’attachant, Daniel Grataloup aura indéniablement marqué de son empreinte utopiste l’architecture genevoise des années 1970.

Yvan Delemontey

 

Pour aller plus loin :

Voir le reportage de la RTS du 14 juin 2023, consacré à Daniel Grataloup