«De la greffière ou du greffier, nous avons encore une image de secrétaire qui prend des procès-verbaux durant les audiences. Or, le public ne connait que la partie émergée de l’iceberg!», affirme Isabelle Zehnder, directrice adjointe au Tribunal civil. Essentiel au fonctionnement de la justice, le greffier se charge du suivi des dossiers, dresse des actes de procédure, planifie et convoque des audiences. Très autonome, il prépare, sur la base des instructions des magistrats, les actes judiciaires et atteste par sa signature leur conformité.
Le savoir-être avant tout
On imagine, dès lors, que ce métier nécessite de longues études universitaires. Pourtant, un CFC de commerce, idéalement augmenté d’une maturité professionnelle, peut permettre d'accéder à cette fonction. «Il faut compter un an de formation à l’interne, mais on est déjà opérationnel au bout de trois mois, précise Valérie Touron, responsable de secteur au Tribunal pénal. Chaque juridiction propose un programme de formation qui lui est propre.» Un excellent niveau de français, une orthographe irréprochable, le sens de la discrétion, un intérêt marqué pour la justice et le service public complètent les prérequis. «Nous insistons sur les compétences interpersonnelles, ajoute Isabelle Zehnder. Le métier s’apprend, mais pas le savoir-être. Au civil comme au pénal, les affaires sont parfois délicates. De la maturité, une bonne résistance et la capacité à prendre du recul sont donc requises. Mais ce n’est pas une question d’âge. »
La justice et l’IA
Confrontées à la question de l’éventuelle introduction de l’intelligence artificielle dans les rouages de la justice, les professionnelles rassurent : « Nous allons probablement recruter des personnes qui maîtrisent mieux l’informatique, dotées d’une grande capacité d’analyse et d’adaptation, envisage Isabelle Zehnder. Mais aucune machine ne remplacera l’aspect humain de la justice.» Lucile Baudier, greffière au Ministère public, abonde dans ce sens: «La prise de procès-verbaux ne représente que 20% de notre activité. Peut-être qu’un jour ils seront retranscrits par une intelligence artificielle… Mais une IA ne se substituera jamais au greffier dans ses tâches de gestion administrative et dans ses échanges avec les différents acteurs de la procédure. »
Aussi au masculin
Aujourd'hui majoritairement féminine, la fonction de greffier devrait intéresser de plus en plus les hommes, à l’instar d’Anthony Beaud, greffier au Tribunal civil. Détenteur d'une maturité professionnelle commerciale, il commence sa carrière au Pouvoir judiciaire en 2013. Depuis trois ans, il travaille en binôme avec une magistrate attitrée au Tribunal civil. «C’était un moyen de travailler dans le droit sans faire des études universitaires», relève le greffier en insistant sur les qualités indispensables au métier: «Outre la gestion du stress et l’adaptabilité, la complémentarité avec le magistrat est essentielle. Je me souviens encore de ma première audience: salle comble, une centaine de dossiers traités le même jour. Il faut gérer la pression, suivre le rythme et rester concentré.» Anthony Beaud connait les dossiers sur le bout des doigts, le nom des parties, les délais octroyés, les ordonnances rendues, les expertises demandées, leurs aspects financiers. «Nous n’avons pas beaucoup de moments de battement. Il faut être bien organisé et forcément passionné.»
Quelques années d’expérience ouvrent au greffier des perspectives d’évolution. Il peut devenir greffier-référent pour former ses pairs ou évoluer en tant que responsable de secteur moyennant une formation en management. À noter que la mobilité interne est également possible entre les différentes juridictions.
Un couteau suisse au Ministère public
« Je suis fière de me lever le matin avec la conviction d’accomplir une mission qui est juste, dans l’intérêt de tous les justiciables et de la société dans son ensemble », lance Lucile Baudier. Après avoir étudié l’archéologie puis le droit, elle travaille au Ministère public depuis treize ans sans ressentir aucun signe d’ennui ou de lassitude. Entre les différentes permanences, les audiences, les actes urgents, les contacts avec de multiples interlocuteurs (justiciables, institutions, police), aucune de ses journées ne se ressemble. « Les procureurs et leurs greffiers traitent en moyenne plusieurs centaines de procédures pénales par année, explique Lucile Baudier. Si certaines d’entre elles s’étendent sur plusieurs années, d’autres ne nécessitent pas une longue instruction. Le travail du greffier exige une bonne gestion des priorités tout en maintenant la juste distance professionnelle face aux situations rencontrées », souligne Lucile Baudier.
Pour en savoir plus:
https://justice.ge.ch/justice/fr/contenu/decouvrir-les-metiers-de-la-justice
Texte : Iris Mizrahi, Office pour l'orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC)
Photo : Pouvoir judiciaire
Article également paru dans la Tribune de Genève du 5 novembre 2026