Aspects liés à l'alimentation

alimentation et pfas
alimentation et pfas
L'alimentation constitue la principale source d'exposition aux PFAS pour l'être humain.

Les données disponibles sur la présence des PFAS dans les aliments et sur leurs effets sur la santé restent encore incomplètes. Il est toutefois admis que l’alimentation constitue la principale source d’exposition de la population à ces substances. En comparaison, les ustensiles de cuisine avec revêtement antiadhérent, les produits imperméabilisants ou encore certains vêtements techniques représentent des sources d’exposition beaucoup plus limitées.

Pour mieux estimer l’exposition alimentaire aux PFAS, des milliers d’analyses ont été réalisées sur des denrées variées par différents laboratoires européens de référence. Ces travaux montrent que les principales sources d’exposition sont les poissons, la viande, les œufs et l’eau potable. Des traces peuvent également être retrouvées dans d’autres aliments, notamment les fruits et légumes, les céréales et les produits laitiers.

 

Quels effets possibles sur la santé ?

Une fois ingérés, certains PFAS sont facilement absorbés par l’organisme et peuvent s’y accumuler partiellement, en particulier dans le foie, le sang et les reins. Leur élimination est lente. Parmi eux, le PFOS et le PFOA demandent une attention particulière, car ils contribuent fortement à l’exposition et aux risques pour la santé. Les études disponibles, chez l’animal comme chez l’être humain, associent l’exposition aux PFAS à plusieurs effets indésirables possibles, notamment sur le foie, le système immunitaire, le développement, le système nerveux et le système reproductif. Chez les personnes présentant des concentrations sanguines élevées, des augmentations du cholestérol total, du LDL et des enzymes hépatiques ont notamment été observées. Plusieurs études font aussi état d’une diminution de la réponse immunitaire à certains vaccins.

Pour réduire cette exposition, des valeurs maximales ont déjà été fixées pour plusieurs denrées, en Suisse comme dans l’Union européenne. Ces limites concernent notamment l’eau potable, les œufs, la viande, les poissons, les crustacés et les mollusques bivalves.

Recommandations européennes

L’Union Européenne conseille d’élargir le nombre de PFAS analysés et surveillés. Elle recommande surtout de procéder à des contrôles dans d’autres denrées alimentaires comme les produits laitiers, fruits et légumes, pommes de terre, céréales, champignons, etc., afin d’avoir une évaluation plus fine de l’exposition de la population. Ces résultats pourraient avoir une incidence sur la fixation de nouvelles valeurs maximales.

Bon à savoir

 

Eau potable: que dit la loi ? 

En Suisse, certaines limites sont fixées pour la présence de PFAS dans l’eau. Les valeurs maximales autorisées existantes sont les suivantes:

  • 0,3 µg/l pour le PFOS ou le PFHxS,
  • 0,5 µg/l pour le PFOA.

À partir de 2026, l’Union Européenne imposera des règles plus strictes:

  • aucun PFAS ne devra dépasser 0,1 µg/l,
  • et la somme de tous les PFAS devra être inférieure à 0,5 µg/l.

L'Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires – OSAV réfléchit à suivre cet exemple et reprendra vraisemblablement la valeur maximale de 0,1 µg/l à partir de 2026 au plus tôt.

 

Où en est concrètement la Suisse ?

Au printemps 2023, l’Association des chimistes cantonaux de Suisse (ACCS) a mené une grande campagne pour vérifier la présence des PFAS dans l’eau potable. Dans ce cadre, 20 composés caractéristiques de ces substances ont été recherchés. 564 échantillons d’eau potable ont été analysés par 5 laboratoires cantonaux, couvrant l’alimentation en eau d’environ 71 % de la population suisse et de la principauté du Liechtenstein.

Dans 54 % des échantillons, aucun des PFAS recherchés n’a été détecté. Cela ne veut pas forcément dire qu’il n’y en a pas du tout. Mais s’ils sont présents, c’est en quantité très faible et inférieure à la capacité de détection des appareils analytiques. De plus, dans 100 % des cas, les quantités mesurées ne dépassent pas les limites légales actuelles en Suisse. À noter que des voies d’apport ponctuelles de PFAS, comme les terrains d’entraînement à la lutte contre le feu, peuvent souvent expliquer une légère augmentation des teneurs mesurées.

Bon à savoir

 

Des résultats globalement rassurants

Si la Suisse adopte à l’avenir les mêmes limites que celles fixées par l’Union Européenne, seulement 5 échantillons des 564 analysés en 2023 dépasseraient ces nouvelles normes, et 8 autres s’en approcheraient mais sans les dépasser.

Grâce à cette campagne de contrôle 2023, on dispose désormais dun bon aperçu de la situation en Suisse et au Liechtenstein. La qualité de l’eau potable reste bonne dans l’ensemble du pays, et la situation est non seulement satisfaisante, mais aussi rassurante pour la population.

 

Surveillance active et régulière à Genève

Dans le canton de Genève, c’est SIG - Services industriels de Genève, qui fournit et distribue l’eau potable. Chaque année, dans le cadre de son obligation légale d’autocontrôle, SIG effectue des analyses spécifiques pour détecter les PFAS dans l’eau. Jusqu’à présent, seules de très faibles traces de ces substances ont été trouvées, au maximum 0,01 µg/l, ce qui est largement inférieur aux limites actuelles fixées par la Suisse ou l’Union Européenne. Pour plus de détails, les résultats d’analyses sont disponibles sur le site internet de SIG: SIG - L’eau de Genève.

Bon à savoir

Même si les résultats ne sont pas inquiétants, il est important de rester attentif et de continuer d’assurer une surveillance régulière des PFAS. En effet, sachant que les PFAS ne disparaissent pas naturellement et qu’ils peuvent s’accumuler dans l’environnement au fil du temps, une vigilance continue est importante.

 

Denrées alimentaires

Début 2024, la Suisse a introduit dans sa législation des teneurs maximales applicables aux PFAS les plus importants pour les œufs, la viande, le poisson, les crustacés et les mollusques. Les valeurs utilisées sont celles déjà fixées pour les PFAS par l’Union Européenne dans le règlement 2022/2388.

Pour les poissons

Selon les espèces de poissons, des limites spécifiques ont été fixées pour la somme des PFAS présente dans leur chair musculaire. Par exemple, les valeurs maximales sont les suivantes pour:

  • le brochet è maximum 8 µg/kg,
  • la perche è maximum 45 µg/kg.

La situation réelle de la contamination des poissons des lacs suisses reste mal connue pour l’instant. Mais pour le lac Léman, des études menées en 2020 et 2021 par la Commission Internationale de Protection des Eaux du Léman – CIPEL, ont déjà montré que plusieurs espèces contiennent des niveaux notables de PFAS. Il s’agit:

  • des gardons,
  • des lottes,
  • et surtout des perches.

Les résultats obtenus sont résumés dans le graphique ci-après.

Graphique PFAS

Distribution des concentrations de PFOS et somme des PFAS mesurés selon l’espèce

GAR = gardon ; LOT = lote ; PER = perche

Source: rapport de la CIPEL – Micropolluants organiques et mercure dans les poissons du Léman – campagne 2020, 2021

 

PFAS et poissons: ce que disent les résultats

Face à ces résultats, les chimistes cantonaux romands ont réalisé en 2024 un important programme de contrôle des PFAS dans les poissons des lacs romands où la pêche professionnelle est pratiquée, c’est-à-dire le Léman ainsi que les lacs de Neuchâtel, Bienne, Morat et Joux. Ce programme a été piloté par l’Office de la consommation – OFCO, du canton de Vaud. Les espèces ciblées sont celles qui sont le plus pêchées professionnellement en Suisse, telles que le corégone, la perche, le brochet, la truite et l’omble chevalier. 146 poissons ont été analysés au total. En complément, des analyses ont également été effectuées sur 35 poissons d’importation, essentiellement des filets de perches. Des PFAS ont été observés dans tous les poissons romands et dans 83% des poissons importés.

Les résultats obtenus montrent que la présence des PFAS est assez comparable dans les poissons des lacs romands et ceux importés. Les valeurs réglementaires pour les PFAS ne sont pas dépassées dans les perches et les corégones. En revanche, des dépassements sont observés pour la truite et le brochet. Cela ne signifie pas que ces poissons sont plus contaminés que les autres, mais que la limite légale autorisée pour ces espèces est plus stricte, car basée sur la directive européenne.

Cette étude permet d’être aujourd’hui rassuré pour les perches et corégones. C’est une excellente nouvelle car ces deux espèces représentent la majorité de l’activité commerciale issue de la pêche professionnelle des lacs des cantons de Fribourg, Genève, Neuchâtel et Vaud.

La commercialisation de la truite de lac et du brochet pourrait en revanche être remise en question. En effet, les résultats obtenus démontrent une forte probabilité que ces espèces dépassent les valeurs limites autorisées. Néanmoins, le nombre d’échantillons analysés étant assez faible, en particulier pour les truites, il faut poursuivre les analyses pour savoir si ces espèces peuvent continuer à être commercialisées en toute sécurité.

Bon à savoir

D’autres études sont prévues en 2025 dans le cadre de différentes campagnes nationales. En parallèle, des discussions sont en cours en collaboration avec l’Office fédéral de la santé alimentaire et des affaires vétérinaires – OSAV, pour déterminer quoi faire en cas de dépassement des limites légales.

 

Situation à Genève: que sait-on des poissons du Léman ?

Dans le lac Léman, la perche et le corégone sont les deux espèces les plus pêchées. Or, tous les échantillons analysés pour ces deux poissons sont en-dessous des valeurs maximales en PFAS fixées par la législation.

En revanche, 50 % des brochets et des truites dépassaient ces valeurs légales. Le nombre d’échantillons étudiés pour les truites était toutefois très limité, donc pas forcément représentatif. Néanmoins, comme il n'existe aucune corrélation entre les teneurs en PFAS retrouvées et la taille ou le poids des poissons, la vente de brochets et de truites du Léman sera probablement limitée, voire interdite.

En parallèle, il a été constaté que les poissons d’importation respectent tous les exigences légales et sont nettement moins contaminés que ceux du Léman.

À noter pour les pêcheurs amateurs

Pour la pêche de loisir en rivière, une étude est en cours en collaboration avec le Département du territoire. Des recommandations de consommation seront proposées prochainement.

 

Pour produits laitiers, fruits, légumes, œufs et viandes

En 2025, une vaste campagne nationale est planifiée pour rechercher la présence des PFAS dans les œufs et la viande. Plusieurs centaines d’échantillons seront analysés dans toute la Suisse et la principauté du Liechtenstein. Les prélèvements et les analyses seront réalisés par six laboratoires cantonaux, dont celui du canton de Genève, à savoir le service de la consommation et des affaires vétérinaire – SCAV. Par ailleurs, des produits d’importation seront aussi testés.

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L’Office fédéral de la sécurité alimentaire – OSAV, réalise actuellement un contrôle sur les produits laitiers ainsi que les fruits et légumes bien que pour l’instant il n’existe aucune limite légale définie pour ce type de produits alimentaires.

Cette étude devrait porter sur environ 200 échantillons pour chaque catégorie d’aliments de ce type. Les premiers résultats sont attendus fin 2025, et seront publiés en collaboration avec l’OSAV dès que possible.

Des résultats préliminaires déjà obtenus dans plusieurs cantons, comme Saint-Gall, Zurich, Bâle-Campagne ou le Tessin, indiquent des cas ponctuels de contamination pour les œufs, viandes ou produits laitiers dans certaines exploitations. À titre d’exemple, une campagne romande sur les œufs a relevé 8 dépassements des valeurs maximales sur 50 échantillons testés.