L’Etat de Genève mise sur la cryptographie quantique

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11 octobre 2007
Genève réalisera une première mondiale à l’occasion des élections fédérales du 21 octobre prochain. Le canton sécurisera en effet, par cryptographie quantique la ligne reliant l’espace de dépouillement d’Uni Mail à son centre de données des Acacias. Ce codage inviolable des données a été développé par l’Université de Genève (UNIGE) et porté au stade industriel par sa spin-off id Quantique. Avec ce projet, la Chancellerie joue les pionniers en mettant en oeuvre, pour la première fois, la cryptographie quantique dans le monde réel. Etape inaugurale d’un vaste projet d’expérimentation technologique impliquant plusieurs partenaires de la région lémanique, cette opération débouchera, à terme, sur la mise en place d’un réseau pilote de communication quantique à Genève, à l’instar de celui que connurent les Etats-Unis lors des débuts d’Internet dans les années 1970.

Ce matin, le Chancelier d’Etat Robert Hensler a annoncé, en présence du Professeur Nicolas Gisin de l’Université de Genève, et de M. Grégoire Ribordy, directeur de la société id Quantique, qu’à l’occasion des élections fédérales du 21 octobre, l’Etat de Genève allait sécuriser, par cryptographie quantique, le réseau reliant Uni Mail, lieu de la saisie des bulletins, au centre de données de l’Etat aux Acacias, où ces informations sont stockées. Première mondiale, cette initiative a pour principal objectif de garantir l’intégrité des données dans le cadre de leur traitement.

Assurer l’intégrité de l’information

Pour Robert Hensler, cette opération s’inscrit dans la continuité de l’expérience de vote en ligne menée à Genève depuis 2001 et des réflexions qu’elle a suscitées, que ce soit sur le plan de la sécurité ou celui de la préservation de la probité des données. «Nous voulons offrir des conditions optimales de sécurité aux travaux de dépouillement, a-t-il expliqué. Dans ce contexte, la valeur ajoutée apportée par la cryptographie quantique se rapporte moins à une protection vis-à-vis de tentatives d’interventions externes qu’à l’assurance de pouvoir contrôler si l’information a subi une altération lors de son transit entre la saisie et le stockage.»

En outre, Robert Hensler a insisté sur le fait que le recours à une technologie de pointe comme la cryptographie quantique est directement lié à l’importance que l’information revêt pour l’Etat. «L’information est la matière première de l’Etat, c’est avec elle qu’il crée de la valeur ajoutée. Que ce soit dans le cadre d’une décision politique, d’une enquête policière ou d’un soin à l’hôpital, l’Etat est à la fois un régulateur des échanges d’informations et un prestataire de services basés sur l’information.»

Entrée dans le réel

Développée à l’Université de Genève par l’équipe du prof. Nicolas Gisin dès le milieu des années 1990, la cryptographie quantique a donné lieu, en 2001, à la création d’une société spin-off: id Quantique. C’est cette dernière et le Centre des technologies de l’information (CTI) de l’Etat de Genève qui, en vue du 21 octobre prochain, ont assuré la mise en oeuvre de l’opération. Pour le prof. Gisin, «cette sécurisation des élections fédérales comporte une portée historique importante, dans le sens où, après plusieurs années de développements et d’expérimentations, ce sera la première fois que l’on utilisera un encrypteur quantique à 1GHz, transparent pour l’utilisateur, et une ligne de fibres optiques ordinaire pour faire transiter de vraies données, dotées d’une réelle valeur. Cet événement marque donc l’entrée de la technologie quantique dans le monde
réel.»

SwissQuantum

Il faut par ailleurs signaler que la ligne reliant Uni Mail aux Acacias n’est que l’embryon d’un futur réseau que les protagonistes ont l’ambition de développer avec d’autres partenaires. A ce titre, l’élection fédérale constitue le point de départ du projet SwissQuantum. Géré par le professeur Gisin, avec le soutien du Pôle de recherche national photonique quantique (NCCR QP), SwissQuantum vise à déployer, à l’instar de l’ancêtre du réseau Internet qui avait été mis en place dans la région de San Francisco dans les années 1970, un réseau pilote de communication quantique sur Genève, afin d’offrir une plate-forme de tests et de validation des technologies quantiques appelées à jouer un rôle central dans la sécurisation des réseaux de communication de l’avenir.

Selon Grégoire Ribordy, «un des objectifs à moyen terme est de fournir à la communauté une plate-forme sur laquelle la validité des télécommunications quantiques peut être testée et démontrée.» Le salon ITU Telecom World, qui se tiendra à Genève du 5 au 9 octobre 2009, constituera le point d’orgue de cette démonstration, en profitant de la présence des plus grands acteurs de l’industrie des télécommunications.«SwissQuantum permettra de profiler définitivement Genève et la région lémanique comme le haut-lieu de la sécurité numérique», a ajouté le directeur d’id Quantique.

De nouveaux horizons quantiques

Enfin, les ambitions de ce projet vont à l’évidence au-delà de la région lémanique. Puisqu’il est désormais possible de sécuriser n’importe quel réseau de fibres optiques public, pourquoi ne pas imaginer l’essaimage du système à travers tout le pays, voire audelà? Certaines industries constituant le coeur de l’économie helvétique se prêteraient tout naturellement à l’utilisation d’une telle technologie: banques, assurances, entreprises high-tech… toute société dont les données sont suffisamment sensibles pour s’assurer de leur inviolabilité, en somme. A ce titre, le nom de SwissQuantum devrait constituer la meilleure garantie pour assurer les clients potentiels de la robustesse de cette innovation scientifique et du savoir-faire de ses initiateurs.

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