Crise COVID-19 et enseignement à distance

Le 13 mars 2020, dans la foulée des décisions du Conseil fédéral, le canton de Genève a annoncé que tous les établissements scolaires publics et privés seraient fermés à compter du 16 mars. En quelques jours, le département de l'instruction publique, de la formation et de la jeunesse (DIP) a dû mettre sur pied un enseignement à distance pour l'ensemble des élèves du canton. Ce matin, la conseillère d'Etat Anne Emery-Torracinta a tiré un premier bilan des réponses qui ont été apportées à cette situation exceptionnelle, en s'appuyant notamment sur une enquête et un sondage.

Afin d'évaluer au plus vite cet épisode exceptionnel et d'avoir en mains une analyse objective de l'enseignement à distance, le DIP a entrepris deux démarches d'investigation. La première, conduite par le service de recherche en éducation (SRED), est le volet genevois d'une grande enquête internationale pilotée par la HEP-Zoug – à laquelle le canton de Genève s'est associé. Destiné aux personnels scolaires, aux élèves et à leurs parents, et portant sur le vécu général du confinement scolaire, le questionnaire SRED/HEP-Zoug a recueilli près de 16'000 réponses. La seconde démarche d'investigation a été pilotée par le service école-médias (SEM). Un questionnaire adressé aux enseignant-e-s, et auquel 45,7% d'entre eux ont répondu, a permis d'évaluer la pertinence des outils d'école en ligne mis à disposition par le DIP. Même si la fermeture des écoles a été un événement brutal et inattendu, il ressort de ces analyses un certain nombre de données globalement positives sur l'action du DIP pendant la crise sanitaire.

Ainsi, les directions, les enseignants, les élèves et les parents ont globalement joué le jeu dans un esprit d'entraide et de collaboration dans l'urgence. Si l'enquête du SRED met en lumière des vécus différents selon les réalités des établissements et des filières, elle montre aussi une relation plutôt sereine entre l'école et les élèves ainsi qu'entre l'école et les parents. Pour ces derniers, même si la communication n'est pas toujours aisée, la répartition des tâches avec l'école fonctionne plutôt bien. Ainsi, ils sont 61% à penser que l'école se soucie du bien-être et des préoccupations de leur enfant, seuls 13% disent le contraire (25% n'émettant pas d'opinion). Quant aux élèves, ils sont 78% à estimer qu'il est toujours possible de poser des questions à leurs enseignants, seuls 10% affirmant que ce n'est pas le cas.

Alors qu'ils ne les utilisaient pas ou peu avant le semi-confinement, les enseignants ont massivement utilisé les outils numériques de l'enseignement à distance, transformant de fait cette période en un vaste laboratoire d'expérimentation numérique et de formation continue accélérée.

En termes de réussite des élèves à la fin de l'année scolaire, on a pu observer un peu plus d'échecs au Cycle d'orientation. Par contre, au Secondaire II, le taux de réussite aux certifications est meilleur que les années précédentes. De plus, alors qu'habituellement, la première année du Secondaire II est bien souvent une année amenant à un changement d'orientation, plus d'élèves que prévu sont restés dans leur filière. On observe également une forte augmentation des jeunes qui – leur CFC en poche – ont décidé de ne pas entrer sur le marché du travail pour suivre une formation menant à la maturité professionnelle.

Sur le plan des apprentissages, parents et élèves partagent la même crainte sur la suite du parcours scolaire. Il est toutefois encore trop tôt pour mesurer l'impact qu'aura cette période sur la réussite ultérieure des élèves et, notamment, sur le risque de décrochage scolaire. C'est pourquoi des mesures sont prévues dès la rentrée pour remédier aux lacunes qu'auraient certains élèves:

  • EP: des "incontournables" en termes d'apprentissage ont été déterminés, des outils diagnostics sont à disposition et des soutiens spécifiques seront possibles pour les élèves; une attention particulière sera accordée à la lecture en 4P.
  • CO: outils diagnostics afin de planifier les remédiations à mettre en place et la suite de l'enseignement; soutien pédagogique spécifique pour les élèves concernés.
  • ESII: trois premières semaines (éventuellement deux pour les branches non-cumulatives) consacrées à de la mise à niveau; pas d'évaluation avec note les quatre premières semaines, sauf pour les disciplines ou activités nouvelles.

Enfin, des travaux sont en cours pour développer la formation continue, améliorer les équipements et les outils, la coordination et l'harmonisation des pratiques entre enseignants et établissements, ainsi que pour pallier le sous-équipement informatique de certaines familles.

Au final, malgré un engagement très important à tous les échelons du département, le rôle essentiel de l'école et du corps enseignant est confirmé: la relation élèves-enseignants joue un rôle clé dans la transmission des connaissances et des compétences. Les établissements sont plus que des vecteurs de transmission du savoir: ce sont également des lieux de vie et de sociabilité cruciaux dans la vie des enfants et des jeunes – dont la coupure avec la vie quotidienne de leur classe a souvent pu être mal vécue. C'est pourquoi les plans de protection prévoient une rentrée en "présentiel", quitte à ce que les élèves doivent porter le masque à l'ESII. Et, au cas où des mesures sanitaires plus importantes devaient s'imposer et nécessiter de plus petits groupes d'élèves, une alternance serait alors privilégiée (50% en classe, 50% à distance), la priorité pour le département étant d'assurer la continuité et le suivi de l'enseignement.

Dossier de presse

 

Pour tout complément d'information: 
Pierre-Antoine Preti, secrétaire général adjoint chargé de communication DIP,
pierre-antoine.preti@etat.ge.ch, T. 022 546 69 68, 079 754 25 90