Comment co-créer à distance ?

Date de publication:
21 avril 2020
Le 15 avril dernier nous avons fêté notre dixième Genève Lab Meetup sur le thème de la co-création à distance. Et crise COVID-19 oblige, nous l'avons organisé pour la première fois... à distance...
Co-créer à distance - l'humain au centre
Illustration - Copyright Marie Polla

L’intelligence collective et la co-création font partie intégrante des pratiques du Genève Lab, tout comme celles de nombreux acteurs de l’innovation ouverte de notre région. Avec les restrictions liées au COVID-19 nous voyons notre quotidien chamboulé par la nécessité de travailler autrement.

Ces pratiques sont fortement ancrées dans les contacts humains. Et avec l’impossibilité actuelle de se rassembler et la nécessité de travailler à distance, elles doivent être réinventées, que ce soit à travers des pratiques originales à mettre en œuvre, de nouvelles manières de concevoir le processus de co-création, l’usage de nouveaux outils (souvent numériques) ou des points d’attention à garder à l’esprit.

Marie Polla, Pascale de Senarclens, Fanny Bernard-Gorgerat, Michael Mesfin, Grégoire Japiot et Matteo Mazzeri, qui sont des praticiens de l’intelligence collective et de la co-création dans des contextes différents (BarCamps, design de services, de politiques publiques, etc) et avec des méthodes variées, ont partagé avec près de 50 participants leurs expériences et leurs points de vue sur ce sujet.

Nos échanges ont eu lieu simultanément sur Cisco Webex et Slido qui sont deux outils utilisés à l’Etat de Genève. La magie du présentiel n’était certes pas au rendez-vous, mais ce Meetup virtuel a malgré tout été riche et intéressant, chaque orateur amenant des points de vue aussi pertinents que percutants. Cette rencontre en ligne nous a également permis d’élargir le cercle des participants à nos Meetups au-delà de notre région. Un élément sur lequel méditer pour nos futures éditions.

Le point d’attention majeur relevé par Pascale de Senarclens et Fanny Bernard-Gorgerat est celui du niveau d’énergie des participants qu’il faut garder suffisamment élevé tout au long du processus de co-création. Dans ce contexte le rôle du facilitateur ou de la facilitatrice s’avère particulièrement important.

Durant les ateliers en ligne Pascale et Fanny alternent travail individuel, en sous-groupes (de 5 à 6 personnes au maximum) et en plénière. Elles proposent régulièrement des moments de pause et de relaxation car la co-création à distance est fatiguante.  Ainsi, même dans un contexte idéal, un atelier ne devrait pas durer plus de 2 heures.

Au niveau des outils, elles ont eu de bonnes expériences avec Google Doc, Miro ou Mural. Mais les difficultés potentielles liées à l’usage du numérique doivent être prises en compte d’entrée. Pascale et Fanny prévoient un temps dédié à cet apprentissage, pour contribuer à la fluidité de l’atelier et surtout pour sécuriser les participants.

Plus encore que d’habitude, elles soulignent enfin l’importance d’une très bonne préparation en amont d’un atelier de co-création à distance. Elles organisent parfois un pré-atelier avec les participants avec pour seul objectif de faire connaissance.

Les outils pour co-creer a distance - Copyright Marie Polla

Marie Polla constate pour sa part que nombreux ceux sont qui actuellement explorent le virtuel en se concentrant sur les outils, les processus ou les plateformes. Elle recherche avant tout l’alignement tête-cœur-corps en se préoccupant de l'aspect humain et en veillant à générer de la confiance dans la co-création virtuelle.

Pour elle, nous passons dans ce contexte d’une vulnérabilité individuelle à une vulnérabilité collective. Il nous faut un espace de confiance pour assumer cette vulnérabilité collective, pour nous permettre de co-créer en mettant toujours de l’intention dans ce que nous proposons.

Marie insiste sur le besoin de pouvoir dialoguer en profondeur, de combler la distance qui sépare les participants à l’atelier en raison notamment du manque de langage corporel. C’est sur cette méthode visant à faciliter l’expérience humaine qu’elle travaille actuellement. Les outils, même s’ils sont très structurants, passent au second plan.

Marie termine avec un conseil : « Ne soyez pas pressés ; la facilitation, dans le monde virtuel, c’est de savoir ralentir ! »

Michael Mesfin apporte de son côté le point de vue du sociologue sur la thématique de ce Meetup. Il le résume en trois points d’attention.

Le premier est de considérer la co-création à distance comme une démarche d’apprentissage social dans laquelle il s’agit de bien comprendre à quel niveau on désire interagir avec les participants (d’un mode d’instruction asynchrone à un mode de co-création synchrone).    

Le deuxième point d’attention est de considérer le service comme le moyen de cristalliser l’engagement des parties prenantes. Selon Michael, l’attention systématique portée à la co-création d’un service facilite la convergence des objectifs des uns et des autres vers un objectif commun. L’enjeu pour le facilitateur est alors de choisir l’échelle d’abstraction la plus pertinente en fonction des participants.

Le troisième est de considérer l’engagement comme une discipline de facilitation à distance. Le soin porté au processus d’engagement contribue ainsi à une dynamique positive et constructive telle qu’illustrée dans la figure ci-dessous.

Boucle d'engagement

Matteo Mazzeri nous rappelle pour sa part que la co-création à distance existe depuis une quarantaine d’année avec les communautés du logiciel libre. Ce travail à distance sur des projets communs est à la base du Web. Ces modes de collaborations ont fait leurs preuves et Matteo suggère de nous en inspirer.

Grégoire Japiot évoque de son côté son expérience des BarCamps, ces ateliers participatifs où le contenu est co-construit par des participants. Avec Matteo ils ont organisé le samedi 11 avril leur premier BarCamp à distance consacré à la résilience lors de la sortie de la crise Covid-19. Cette édition préparatoire a permis aux participants de cadrer les thématiques à explorer par la suite et à proposer des boîtes à outils numériques pour faciliter ce travail de co-création.

Dans ce contexte, la communauté genevoise des Responsive City Camps va être relancée sur le sujet du territoire résilient. Grégoire mentionne pour terminer le site Barcamp.fr qui propose des bonnes pratiques et des outils pour organiser un BarCamp.

Un grand merci à tous les participants de ce 10ème Genève Lab Meetup pour leurs contributions et pour les pistes d’améliorations proposées. Et un merci tout particulier à Marie, Pascale, Fanny, Michael, Grégoire et Matteo pour la richesse et la diversité de leurs interventions.


Quelques références proposées par nos intervenants et par les participants.

Framasoft fournit une boîte à outils de logiciels libres utiles pour la co-création à distance

Koweb Kafé, un tiers-lieu en ligne pour s'entraider et apprendre ensemble à mieux travailler et collaborer à distance

itopie, une société coopérative basée à Genève qui se bat pour une informatique libre, éthique, durable et citoyenne

Amélie Charcosset propose une approche de la co-création par l’écriture

Best practices : How to facilitate a virtual workshop”, by Be-novative. Deux vidéos en anglais sur le sujet.  

Genève Lab

Ce blog illustre les activités du Genève Lab : évènements, projets, expérimentation, etc. C’est l’équipe du Genève Lab qui en assure la rédaction. Notre souhait est d’inspirer les acteurs de l’innovation du territoire. 

Partagez cette page