Le 15 août 2021, sa vie bascule. En Afghanistan, les talibans reprennent le pouvoir. En quelques jours, tout se ferme. Les écoles, d’abord. Puis l’espace public. « Mon éducation s’est arrêtée nette, raconte Sherin Anvari. Même pour aller à l’hôpital, je devais être accompagnée par un homme de ma famille. D’une manière générale, nous n’étions pas en sécurité là-bas et les femmes avaient perdu leur liberté. » Deux ans plus tard, la jeune femme arrive à Genève avec une idée fixe : reprendre le fil. Elle apprend le français à toute vitesse, explore Internet, découvre le Préapprentissage d’intégration (PAI). Elle candidate, passe les entretiens et décroche sa place. En août 2025, elle débute son préapprentissage auprès de la direction du Centre de formation professionnelle social (CFPSo), à Genève.
Aujourd’hui en formation dans le dispositif PAI, domaine administration , elle s’active trois jours par semaine en entreprise, deux jours à l’école (voir encadré). À la réception, elle accueille étudiants et enseignants. « Parfois, les accents, la vitesse, le vocabulaire… ça me déstabilise. » Mais elle s’accroche. Au secrétariat du centre, elle découvre d’autres tâches : dossiers, échanges formels, codes professionnels.
« Ne plus jamais laisser les portes se refermer »
Face à elle, Letizia Luongo, assistante de direction au CFPSo, n’a pas hésité longtemps. « Quand j’ai reçu sa candidature spontanée, je me suis dit : je me lance !» Pour la première fois, elle devient formatrice PAI. « C’est stimulant d’apprendre à apprendre. Et la motivation de Sherin est exceptionnelle. » Chaque jour, elle apprivoise la langue française et le monde professionnel. Les accents, les intonations, les niveaux de langage. « Elle s’approprie la langue, observe sa formatrice. Et aujourd’hui, elle navigue déjà entre plusieurs registres. »
À 28 ans, l’enthousiasme de Sherin Anvari frappe :« J’ai repris confiance en moi depuis que je suis en formation. » Elle regarde déjà plus loin et vise un apprentissage d’employée de commerce, en dual. Une deuxième interview d’embauche l’attend d’ailleurs la semaine prochaine. « Je veux encourager les jeunes qui arrivent en Suisse à se former. C’est une chance. Ça nous donne un avenir. Et quand on a eu soif, on connaît la valeur de l’eau, » file-t-elle la métaphore.
Trois questions à Mme Gabriella Gimenez, enseignante à l’Université ouvrière de Genève (UOG)
Le PAI, c’est quoi exactement ?
Un tremplin express vers le monde du travail. Pendant dix mois, les participants alternent entre immersion en entreprise formatrice, trois jours par semaine, et formation en école, en deux jours. Le dispositif s’adresse aux 18-22 ans au Centre de formation pré-professionnelle (CFPP) et aux jeunes adultes jusqu’à 35 ans à l’UOG. Objectif : apprendre sur le terrain, tout en consolidant les bases théoriques essentielles - français, maths, informatique, culture générale - pour décrocher une place d’apprentissage ou un emploi.
Comment se déroule, concrètement, la partie théorique ?
Ici, pas de cours figés. Les jeudis et vendredis, place à l’action : ateliers collaboratifs, mises en situation professionnelle, travail sur les outils numériques, débats et exposés sur des sujets actuels comme l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, etc. Le français devient un outil vivant : on passe du formel au quotidien, on se prépare au test EVA pour entrer en apprentissage, on apprend à communiquer avec les collègues et les publics liés à leur place de stage. Les enseignants s’adaptent à chaque profil et deviennent de véritables relais, parfois bien au-delà de la salle de classe…
Pourquoi ça fonctionne ?
Parce que l’accompagnement est total. Les participants sont guidés, soutenus, valorisés. Résultat ? Des progressions parfois impressionnantes : certains arrivent avec un français basique et repartent capables de communiquer avec leurs collègues ou encore de réaliser des tâches professionnelles en français. L’émulation joue aussi son rôle, avec des anciens qui reviennent témoigner de leur parcours. Malgré les défis, comme l’intégration, la langue, l’adaptation au monde professionnel, le PAI prouve son efficacité : c’est un dispositif exigeant, collectif, et surtout, un véritable accélérateur de confiance. Et d’avenir.
Plus d’informations :
OFPC – T. 022 388 44 83 ou par messagerie : preapprentissage@etat.ge.ch et www.citedesmétiers.ch, rubrique PAI
Texte : Eliane Schneider, Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC), DIP
Photo : Laurent Guriraud
Article également paru dans la Tribune de Genève du 8 mai 2026