À la conquête du poivrier d'argent

Noah Meunier, prêt à s’entrainer une dernière fois avant le concours.
Noah Meunier, prêt à s’entrainer une dernière fois avant le concours.
Noah Meunier défendra les couleurs genevoises lors du concours du meilleur apprenti cuisinier romand les 20 et 21 mars prochains à Bienne.

« Je m’entraine depuis des mois ! Après les cours ou après le travail, je rejoins mon coach au restaurant de l’école : c’est la dernière ligne droite, nous réglons les ultimes détails », raconte Noah Meunier, apprenti cuisinier âgé de 21 ans.

4h30, c’est le temps imparti aux huit candidats suisses pour se distinguer et épater le jury en concoctant, pour six personnes, un plat à base d’omble chevalier. Ce poisson, dont le temps de cuisson doit être parfaitement maitrisé, peut vite perdre toute sa finesse : un tantinet trop cuit, il devient caoutchouteux. Pour l’accompagner, un fruit devra être intégré au plat. Le candidat proposera encore un légume et un féculent de son choix. Le plat du vainqueur se distinguera par la sélection fine des ingrédients, l’harmonie des saveurs, la présentation, la justesse des cuissons, et bien sûr, le respect des règles d’hygiène tout au long de l’opération. Quant aux deux desserts « surprise », ils seront élaborés avec un ingrédient imposé : la pâte à choux. Éclairs ? Paris-Brest ? Le mystère reste entier, mais le résultat promet d’être savoureux !

Une fine sélection

Ne se présente pas qui veut au prestigieux concours professionnel du Poivrier d’argent. Cette compétition bisannuelle rassemble en effet les meilleurs apprentis cuisiniers de deuxième année de Suisse Romande et du Tessin, sélectionnés par l’école professionnelle de leur canton respectif.

À Genève, le candidat doit d’abord remporter le concours cantonal « Chef’s Goutatoo Challenge», à l’instar de Noah Meunier en novembre dernier. « Il a été très impressionnant, relate Jérôme Ricol, son coach et maitre d’enseignement au Centre de formation professionnelle Services & hôtellerie restauration. Devant un public nombreux et un jury composé de grands chefs de la région, Noah a fait preuve d’une remarquable maîtrise de soi, il est resté concentré tout du long. Sa créativité culinaire lui a valu la première place ! »

Compétition au sommet

Ainsi, le concours du Poivrier d’argent s’annonce hautement compétitif. « Il paraît que le candidat vaudois a été formé par le chef du Restaurant de l'Hôtel de Ville de Crissier », souffle Jérôme Ricol, aussi impressionné que prudent. Quant au jury, il est lui aussi prestigieux : son président n’est autre qu’Euloge Mukoma Malonga, médaillé du Bocuse d’or Swiss 2023. De quoi placer la barre haute. Pour mettre toutes les chances de son côté, Noah Meunier a redoublé d’efforts. Ses points faibles ? « L’organisation de mon travail pour le côté technique, et les desserts pour la partie culinaire », confie le jeune homme.

Tombé petit dans la soupe

Sa motivation et son savoir-faire, Noah Meunier les puise dans sa passion qui remonte à la prime adolescence. « J’ai toujours préparé de bons petits plats pour ma famille, m’inspirant de recettes ou d’influenceurs sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui encore, son soutien, ainsi que celui de mon entourage et de mes enseignants, constituent mes sources de motivation. Cela peut paraître étrange, mais au départ, je ne me voyais pas faire de ma passion mon métier, souhaitant la préserver. Je me destinais plutôt à une carrière d’ambulancier. Mais deux stages dans la restauration ont fini par me convaincre. J’étais fait pour ça ! »

Tout comme pour ses études, c’est d’abord en observant les autres que Noah Meunier décide de se lancer dans l’univers des concours. « Alors que j’étais en première année d’apprentissage, je suis venu encourager un ami qui participait au concours Chef’s Goutatoo Challenge. Dès lors, j’ai su que je participerais moi aussi l’année suivante. »

Les bénéfices à concourir à un tel événement sont nombreux : pour l’ambiance et pour le défi, commente le Genevois. « Mais aussi pour valoriser ce beau métier, complète Jérôme Ricol. C’est également un excellent entrainement pour l’examen final du CFC de cuisinier. Après tout le travail accompli, Noah devrait le passer aisément ! Enfin, dans le milieu très spécialisé de la gastronomie, il est toujours précieux de se créer un réseau. » 

Miser sur des mets accessibles

Si Noah Meunier entretient le mystère sur les techniques de cuisson qu’il utilisera et sur les plats qu’il présentera, il accepte néanmoins de dévoiler sa stratégie pour tenter de séduire le jury. « Je vais miser sur des mets accessibles que je maîtrise, glisse-t-il humblement. Ce qui compte, ce sont les expériences. » Un état d’esprit qui l’accompagnera sans nul doute bien au-delà du concours. Une fois son CFC en poche, Noah Meunier projette de s’aventurer au Japon pour y effectuer un stage professionnel. « Je m’y suis rendu en vacances l’an passé et j’ai été fasciné par l’art culinaire nippon, l’excellence dans la simplicité. Les techniques ancestrales font naître des goûts tout à fait contemporains. »

Places d’apprentissage sur : orientation.ch

Texte : Léonore Ehrsam-Bimpage, Office pour l'orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC), DIP
Photo : Jérôme Ricol – CFP SHR

Article également paru dans la Tribune de Genève du 19 mars 2026