Stephan Landry
série Collection privée - You don't know me, 2008
gouache sur papier, 40,6 x 30,5 cm
n° inv. 3002 A-0, F
crédit photo : Serge Frühauf
Stephan Landry (1960,Yverdon-les-Bains, Suisse - 2010, Lausanne, Suisse)
Depuis sa formation à Genève, Stephan Landry a développé la pratique d'un dessin intimiste, à la fois poétique et sensible. Il est mort au printemps 2010, âgé d'à peine 50 ans. Il nous laisse une production graphique à la fois riche et mystérieuse, constituée surtout d'ensembles de dessins de petit format, notamment de gouaches sur papier, dont le mode d'installation fait parfois partie intégrante. Au sein d'une série, les liens d'une pièce à l'autre, quoique présents, semblent souvent ténus : ils tiennent au choix du papier, du format et de la technique, à une libre analogie de formes et de sujets, d'approches ou d'accents, à la façon de mettre en place le motif sur la feuille, à un équilibre des contrastes et des intensités de couleur, puis à l'accrochage ou à la mise en espace... L'ensemble compose alors un monde à la fois ambigu, onirique et flottant, dont l'impact, à la façon d'un poème évocateur, est d'autant plus insidieux et profond qu'il semble anodin et léger.
Dans l'ensemble Collection privée - You don't know me - , les quinze dessins réunis ne se ressemblent ni par leur format ni par leur aspect graphique, puisqu'on y trouve aussi bien des petits dessins d'apparence enfantine, de larges fragments de corps réalistes, des éléments issus du monde publicitaire ou de bandes dessinées…Ils sont en revanche liés de façon circonstancielle, puisque tous les dessins proviennent de carnets réalisés en 1998, pendant le séjour de Stephan Landry à l'Institut suisse de Rome; ils sont aussi et surtout issus du même mode opératoire et du même "désir quasi enfantin d'appropriation", puisqu'ils dérivent tous de ce que l'artiste appelle des "images volées", "volées aussi bien à l'intérieur des catalogues ou livres d'art, à travers toutes sortes d'emballages, de vignettes, étiquettes, journaux et magazines". D'où leur caractère à la fois si disparate et pourtant compatible: il s'agit là non pas de créer ex nihilo de nouvelles images du monde, mais de rendre compte de l'abondance visuelle typique d'aujourd'hui, tout en apprivoisant certaines de ces images, en les répliquant, digérant, restituant; cette assimilation intime par copie rend également compte, de façon détournée, du quotidien de l'artiste, de ce qu'il regarde, aime, collectionne et nous redonne à voir. (ABLB)