Lutter contre les discriminations

Lutter contre les discriminations
Lutter contre les discriminations
Prévention et lutte contre le racisme et les discriminations

Rapports sur les actes de racisme en Suisse et dans le Canton de Genève en 2019

Suite au meurtre de George Floyd, de très nombreuses manifestations ont eu lieu dans le monde entier, y compris en Suisse à Bâle, Berne, Neuchâtel, Zurich et Genève, où plus de 10 000 personnes se sont réunies le 9 juin dernier, certaines témoignant du racisme dont elles étaient encore victimes aujourd'hui en tant que personnes afro-descendantes. Le fait que des actes de racisme continuent de se produire en Suisse est également attesté par les rapports qui sont produits tant au niveau fédéral qu'au plan cantonal.

En effet, le 27 avril dernier, la Commission fédérale contre le racisme a publié les statistiques des cas de racisme répertoriés dans les cantons suisses durant l’année 2019, afin d’informer le grand public sur les types d’incidents racistes rapportés, ainsi que sur les populations et les domaines concernés.

C’est aussi l’occasion pour le BIE de faire le point à l’échelle cantonale, avec quelques-uns des chiffres du Centre-Ecoute contre le racisme qui viennent d'être publiés sur son site Internet. Ces statistiques permettront également de se projeter dans le futur pour ce qui concerne les actions de prévention du racisme prévues par les autorités publiques cantonales dans les mois ou années à venir. 

 

Davantage de cas de racisme rapportés, surtout dans l’espace public et le lieu de travail  

Comme le relève la Confédération, la plupart des incidents racistes recensés par les Centres de conseil en 2019 sont survenus dans l’espace public et sur le lieu de travail, le plus souvent sous la forme d’inégalités de traitement ou d’insultes. Pour ce qui est des motifs de discrimination, la xénophobie vient en tête, suivie par le racisme anti-Noir-e-s et l’hostilité à l’égard des personnes musulmanes. Le rapport révèle aussi une augmentation des incidents relevant de l’extrémisme de droite.

De manière générale, on relève une recrudescence sensible des cas de racisme rapportés en Suisse (environ 25 %), mais cela pourrait signifier plutôt une augmentation des recours aux services de consultation qu’une hausse du nombre des cas de racisme en Suisse. 

Sans dévoiler la totalité du rapport publié au plan fédéral – disponible sur ce lien – on peut dire que la plupart des cas rapportés en 2019 – c’est-à-dire le plus grand nombre des consultations effectuées auprès des Centres d’écoute au plan suisse – concernent, en dehors de la xénophobie (41 % des cas, + 4 points), des types de racisme bien spécifiques, détaillés ci-dessous. 

 

 

Racisme anti-Noir-e-s et racisme anti-arabo-musulman

En effet, une majorité des cas rapportés au plan national concerne le racisme anti-Noir-e-s (38 % des cas, en hausse de 3 points), l’hostilité à l’égard des personnes musulmanes (16 % des cas, inchangé), et le racisme anti-Arabes (8 % des cas en baisse d’un point).  

Ces populations sont aussi celles qui ont fait le plus recours, au plan cantonal, aux prestations du Centre-Ecoute contre le racisme, avec des chiffres comparables concernant le racisme anti-Noir.e.s (41 % des cas), l’hostilité à l’égard des personnes musulmanes (4 % des cas) et le racisme anti-Arabes (19 % des cas). Ces chiffres sont disponibles en détail sur le site du Centre.  

De manière globale, avec 38 %, respectivement 41 % aux niveaux fédéral et cantonal, c’est le racisme anti-Noir-e-s qui représente le plus grand nombre de cas, devant le racisme anti-arabo-musulman, avec en tout respectivement 24 % et 23 % des cas rapportés. 

 

 

Antisémitisme

Sur le plan fédéral, le rapport 2019 du "Réseau de centres de conseil pour les victimes du racisme" publié par la Commission fédérale contre le racisme a publié les statistiques concernant l'antisémitisme répertorié par le réseau des centres et constate 6 consultations concernant des incidents antisémites (2 % des cas – inchangé). Sur le plan cantonal, le Centre d'écoute contre le racisme genevois constate que les cas d’antisémitisme sont stationnaires (5.4 % sur les deux dernières années).

A noter que ces chiffres ne sont pas représentatifs de la situation en Suisse car le rapport de la CFR est conçu comme un complément aux deux rapports sur l'antisémitisme en Suisse, respectivement de la CICAD en Suisse romande et de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) pour la Suisse alémanique.

Ainsi, pour la Suisse romande, la CICAD a enregistré 114 actes en 2019, ce qui équivaut à une augmentation des actes sérieux et préoccupants par rapport à 2018. Les actes recensés en ligne diminuent (100 actes contre 168 en 2018), notamment sur les plateformes des médias romands permettant aux internautes de laisser des commentaires sur les articles.

Les chiffres concernant l’antisémitisme ne sont représentatifs que d’une partie de la réalité. Comme le dit la CICAD dans son rapport 2019, l’immense majorité des actes antisémites recensés par l’[association] ces dernières années concernaient Internet et les réseaux sociaux. L’organisation constate malgré tout, en 2019, une augmentation des actes visant les personnes et les biens, preuve que le fléau de l’antisémitisme doit continuer d’être pris très au sérieux.

 

 

Autres types d’actes de racisme 

Le rapport fédéral de 2019 du "Réseau de centres de conseil pour les victimes du racisme" recense également d’autres types d’actes de racisme, concernant des populations apparemment moins souvent visées, et qui ont, au plan suisse, stagné. Il s’agit de l’hostilité envers les personnes originaires des Balkans (3 % des cas - inchangé), de l’hostilité envers les Yéniches, Sintés/Manouches et Roms (1 % - inchangé) et, en Suisse romande, la francophobie (1 % - inchangé).

Au plan genevois, les choses sont à la fois semblables (les autres cas de racisme sont également numériquement inférieurs) et différentes, dans le sens où il y eu une augmentation des cas de racisme anti-asiatique (de 1.8 % à 4.1 %) et anti-latino-américain-e-s (1.8 % à 6.85 %).

A noter qu’un nouveau cas de racisme anti-Rom a été enregistré dans le canton de Genève pour la seconde fois en six ans, et que les jeunes viennent peu consulter et ne le font que dans une situation d’urgence. A noter qu’ici également, les chiffres doivent être examinés avec un certain recul, car certains d’entre eux peuvent être un peu trompeurs. En effet, les associations proches des Roms savent que cette population rapporte très rarement aux autorités compétentes les actes dont elle est victime, par exemple dans les moyens de transports ou les lieux publics, où elle est parfois l’objet d’injures, de propos méprisants ou d’attitudes de défiance.

En examinant les chiffres, on constate qu’au niveau genevois, les cas de racisme rapportés concernent des populations plus diversifiées qu’au plan fédéral, ce qui s’explique partiellement par le fait que le canton compte le plus haut pourcentage de populations étrangères de Suisse (un peu moins de 40 % pour 2019).

 

 

Une hausse des cas de racisme en Suisse et dans le canton de Genève ? 

On note une hausse des cas de 27 % pour la Suisse et de 32 % dans le canton de Genève. Mais cela pourrait être simplement dû – comme souligné plus haut – à une augmentation des recours aux Centres de Conseil, en particulier pour Genève puisqu’en 2019, la traditionnelle campagne de communication du Centre Ecoute contre le racisme a pu avoir lieu, ce qui n’avait pas été le cas pour l’année 2018.

On le voit clairement, l’importance d’une communication claire et visible par le plus grand nombre de personnes pourrait avoir un impact direct sur le nombre de cas rapportés aux Centres d'écoute. Une recherche pouvant compter sur l’expertise académique de la HETS Genève a été lancée cette année avec l’appui financier du SLR, du Centre-Ecoute contre le racisme et du BIE afin d’examiner cette hypothèse de manière plus précise.

 

Extrémisme à l'armée

Le service spécialisé "Extrémisme dans l’armée", rattaché administrativement au Service de lutte contre le racisme du Secrétariat général du Département fédéral de l’intérieur, publie chaque année un rapport sur ses activités et les statistiques sur les annonces et demandes adressées au service.

Ainsi en 2019, 55 annonces et demandes ont été adressées au service spécialisé Extrémisme dans l’armée. L’extrémisme de droite présumé représentait la grande majorité des cas, soit 85 %, des indices annoncés et des demandes de conseil. Les situations en lien avec une présomption d’extrémisme pour motifs djihadistes sont en net recul depuis 2017.

La situation reste globalement stable par rapport aux années précédentes. En 2019 également, il s’agissait essentiellement de cas isolés de radicalisation potentielle ou d’activités extrémistes dans la vie civile. Aucun acte de violence ni événement susceptible de compromettre la sécurité n’a été relevé. L’armée continue d’appliquer de manière conséquente les prescriptions légales en vigueur ainsi que la stratégie de tolérance zéro.

 

Les rapports mentionnés dans cet article sont disponibles sur les liens suivants :

Rapport fédéral 2019 du « Réseau de centres de conseil pour les victimes du racisme »

Rapport cantonal 2019 du Centre Ecoute contre le racisme

Rapport 2019 de la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD) 

Rapport de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) 

Rapport sur l'extrémisme à l'armée

Par ailleurs, le Service de lutte contre le racisme (SLR) a également publié, en 2019, un rapport sur la discrimination raciale en Suisse, avec une analyse approfondie de la situation dans notre pays. Il présente un aperçu des sources de données recensant les actes à caractère raciste ainsi que des mesures adoptées aux niveaux fédéral, cantonal et communal et dans le secteur privé.

Rapport du Service de Lutte contre le racisme 2019


Soutien de projets 

Dans le canton de Genève, de nombreuses actions de prévention et de lutte contre le racisme et les discriminations, en majorité élaborées par des associations, maisons de quartier, écoles ou communes, sont financées ou commanditées par l'Etat. Certaines villes ou communes genevoises disposent d'un plan d'action ou de stratégies propres au niveau communal. 

Dans le cadre du Programme d'intégration cantonal 2018-2021, le bureau de l'intégration des étrangers privilégie le soutien aux projets intégrant des mesures d'information, de sensibilisation ou de prévention des stéréotypes, préjugés, discriminations, racisme ou violences s'inscrivant dans le cadre général de la protection contre les discriminations basées sur la couleur de peau, l'origine, la nationalité, la religion, etc. Un accent particulier est mis sur:

  • les types de racisme les plus fréquents dans le canton de Genève;  
  • les personnes les plus vulnérables; 
  • les lieux où le racisme s'exerce le plus fréquemment.

Exemples d'activités ou de projets 

Les projets cofinancés ou commandités par le BIE peuvent se dérouler dans le cadre de la Semaine contre le racisme ou le reste de l'année:

En apprendre plus sur les projets subventionnés et les modalités pour effectuer une demande de subvention dans ce domaine :