Gestion des arbres urbains : chiffres et tendances

Un demi-million d'arbres poussent dans notre canton en dehors des forêts et enrichissent notre cadre de vie. Leurs nombreuses fonctions en faveur de la qualité de notre habitat sont de plus en plus reconnues et leur prise en compte est un enjeu d'actualité. Assurer leur maintien durable et leur acceptation implique parfois d'accepter de procéder à des arbitrages entre différents intérêts publics pour gérer un patrimoine qui n'est pas figé. Ponctuellement des interventions ou des abattages sont inévitables et sont alors encadrés par les autorités, notamment en termes d'autorisation et d'obligation de compensation. Quelques chiffres permettent de voir plus clair à ce sujet.
Est-ce que les coupes d'arbres urbains à Genève connaissent une tendance à la hausse ?

Non, l'ensemble des autorisations d'abattage délivrées entre 2014 et 2019 n'indiquent pas une telle tendance. En réalité, alors que ces années sont marquées par les enjeux du logement dans notre canton, les chiffres des demandes d'abattage n'ont fluctué que dans une fourchette relativement étroite.

Schema autorisation d'abattage delivree annuellement a GEneve

 
Est-ce que les autorisation d'abattages données en 2019 pour des constructions ont entrainé une hausse des interventions cette dernière année ?

Non, les autorisations d'abattage délivrées en 2019 ont été inférieures à la moyenne des 6 dernières années (5565 arbres autorisés à l'abattage, pour une moyenne de 5970) et cet aspect est encore plus marqué pour les autorisation d'abattages liées aux autorisations de construire, avec le chiffre de loin le plus bas sur la période (1443, pour une moyenne de 2285 arbres concernés). L'année 2019 présente cependant des caractéristiques particulières qui ont pu donner sur le terrain une image de hausses des abattages pour deux raisons :

  • Les demandes d'abattages dictées par l'état de santé des arbres - et qui sont exécutées sans délai pour une question de sécurité - ont été significativement plus élevées que par le passé (presque 30% plus élevées que la moyenne de ces dernières année). C'est malheureusement là un effet du réchauffement global et de plusieurs sécheresses estivales consécutives, dévastatrices pour les arbres urbains fragilisés.
  • Les demandes d'abattages liées à des projets de construction ont été plus marquées entre 2016 et 2018. Celles-ci sont en général exécutées avec des délais inhérents aux projets et qui échappent à l'autorité. Une partie d'entre elles se sont concentrées en 2019.

Schema Nombre d'arbres autorises a l'abattage / exiges en compensation en fonction des motifs d'intervention

 

Est-ce que les grands projets sont une cause majeure d'abattages d'arbres à Genève ?

Non, les demandes d'abattages liées à des autorisations de construire dans le cadre d'un plan localisé de quartier (PLQ) constituent une part très minoritaire des demandes. Sur les années considérées, elles ont toujours été la cause la moins importante des demandes, sauf en 2014, lorsqu'elles ont temporairement été plus nombreuses que les demandes d'abattages liées à une autorisation de construire en zone villas. D'une façon générale, les principales causes des demandes d'abattages ne sont pas liées à des demandes de construction (38% des cas sur les 6 ans, tous périmètres confondus), mais à la gestion du patrimoine (par exemple pour retirer des arbres qui en gênent d'autres) ou au retrait d'arbres malades ou menaçant la sécurité (en tout 62% des cas sur la période). 

Schema Nombre d'arbres autorises a l'abattage a Geneve

Est-ce que les projets de constructions entrainent une diminution nette des arbres à Genève ?

Non, car la législation genevoise prévoit que les arbres abattus doivent être compensés lorsque c'est possible. Ainsi, ce mécanisme est plus systématiquement activé lorsque les abattages sont dus à des autorisations de construire et le taux de replantation est positif, atteignant en moyenne 117% sur les 6 dernières années. Ce taux est moins favorable pour les abattages autorisés pour des raisons de gestion ou de sécurité (43% en moyenne) car, par nature, ces interventions impliquent dans une partie des cas de retirer des arbres mal placés ou gênants qui ne peuvent donc pas être remplacés.

Taux de comensation exige en cas de d'abattage a Geneve

Est-ce que les coupes d'arbres seront importantes en 2020 ?

Compte tenu de l'évolution climatique, il est probable que de nouveaux arbres en détresse hydrique devront être abattus pour prévenir les risques pour la sécurité. Malheureusement, ce contexte de sécheresse néfaste pour notre patrimoine arboré risque de s'installer durablement et c'est pourquoi le choix des essences plantées à Genève évolue pour privilégier des arbres plus adaptés et limiter ainsi ce phénomène à l'avenir.
Nonobstant ce contexte, les abattages liés à des autorisations de construire devraient en 2020 être inférieurs aux années précédentes pour deux raisons. D'une part, parce qu'un nombre restreint d'autorisation d'abattage pour ce motif ont été délivrées en 2019, et l'on sait que ces dernières sont mises en œuvre avec un délai. D'autres part parce que Genève a décrété en novembre 2019 un gel sur les dérogations pour les projets de densification en zone villas au sens de l'article 59 al. 4 LCI. Cette décision devrait ainsi freiner significativement les demandes d'abattages liées à des autorisations de construire en zone villas (en moyenne 10% des demandes d'abattage entre 2014 et 2018).

 

Quelle évolution peut-on prévoir pour le patrimoine arboré genevois ?

Genève a la volonté d'assurer une revalorisation des arbres en milieu urbain. A cet effet, une série de mesures ont été annoncées par le Conseil d'Etat le 22 janvier 2020 pour une meilleure prise en compte du patrimoine arboré cantonal. Cette vision s'appuie sur une stratégie d'arborisation cantonale, actuellement en phase d'analyse sur certains secteurs du canton. Ce plan aura notamment pour objectif d'assurer une importante évolution dans ce domaine en visant un accroissement significatif de la surface de canopée du canton à environ 30%. Par ailleurs, le Conseil d'Etat a adopté une modification du règlement sur la conservation de la végétation arborée (RCVA) assurant une actualisation de la valeur financière des arbres, multipliée par 1,5 dès le 1er mars 2020 et par deux en 2021. Pour mettre à profit cette revalorisation, l'intégralité des taxes de compensation perçues lors des abattages doit servir au financement de nouvelles plantations et, de manière ponctuelle, à des mesures de conservation d'arbres majeurs du paysage urbain et rural. Par ailleurs, afin de faciliter l'installation de nouveaux arbres, les communes pourront désormais se voir confier la gestion des contributions de remplacement sur leur territoire. Enfin, un inventaire des plans localisés de quartiers anciens est en cours afin d'examiner si leur indice vert pourrait être amélioré.
Le Conseil d'Etat a ainsi exprimé sa volonté d'une meilleure prise en compte des arbres dans les projets urbains, qui repose sur une révision des critères dans les autorisations d'abattages et sur des arbitrages marqués en faveur de la préservation durable des arbres.

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