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GenÈve commémore l'Escalade

Dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602,
ce sont ces murailles que les assaillants ont apercues dans l'obscurité, et depuis ...

Dessin accompagnant la légende ci-dessous.

Matthäus Merian: vue de Genève in Topographia Helvetiae, Rhaetiae et Valesiae, 1642, d'après Claude Chastillon (fin du XVIe siècle), Centre d'iconographie genevoise, coll. BPU.



L'Escalade en trois temps

Dernière étape d'une série de tentatives perpétrées tout au long du XVIe siècle par la Savoie qui veut faire de Genève sa capitale du nord des Alpes, l'Escalade est le symbole de la volonté d'indépendance des Genevois.

Photo se référant à la légende ci-dessous.

Les piquiers en pleine démonstration.
(photo : Franck Oberson)

Premier temps
L'Escalade des murs

Dans la nuit du samedi 11 décembre 1602, le duc Charles-Emmanuel de Savoie fait attaquer Genève par surprise et en dépit de la paix qu'il avait jurée et rejurée. Au terme d'une marche depuis Bonne et La Roche en Haute-Savoie, plus de deux mille hommes à pied ou à cheval parviennent à Plainpalais, un peu hors les murs.

Dans leur matériel, des éléments d'échelles longs d'environ 1 m 70 chacun, emboîtables, pesant quelque 8 kg, qu'ils assemblent sur place et hissent le long de la muraille (par dessus laquelle ont été construits depuis lors les immeubles pairs de la rue de la Corraterie).

Tirés de leur sommeil par un coup d'arquebuse du garde Jacques Mercier, tandis que son caporal François Bousezel est le premier à être blessé à mort pendant la ronde de nuit qu'il effectuait, les Genevois s'emparent de leurs armes pour aller contrer l'ennemi. De proche en proche, l'alerte générale est donnée par le porte-lanterne, puis par un coup de feu au poste de la Monnaie, et encore par le tocsin du haut de la cathédrale Saint-Pierre auquel d'autres cloches font bientôt écho.

C'est le peuple entier qui se bat autant que sa milice bourgeoise et la garde soldée. Le symbole le plus célèbre qui nous est resté est la marmite que Catherine Cheynel, épouse de Pierre Royaume, surnommée affectueusement la Mère Royaume, a expédiée sur la tête d'un assaillant. Et Dame Piaget a lancé la clef de sa maison pour que des Genevois puissent passer et prendre l'ennemi à revers.

Le projet de l'ennemi de faire sauter la porte Neuve (par le pétardier Picot) pour ménager le passage au gros des troupes ne se réalise pas, parce que le garde Isaac Mercier a le réflexe de faire tomber la herse. Face à cette situation, et se rendant compte que l'attaque a échoué, les troupes ducales ont hâte de retourner à leurs campements avant que le jour se lève.

Deuxième temps
Les temples et le gibet

Le dimanche matin, le peuple de Genève se rend dans les temples louer la providence du Seigneur sous la houlette de Théodore de Bèze, recteur de l'Académie, et de Simon Goulart, pasteur à Saint-Gervais. On comptera dix-huit morts côté genevois: leurs ossements seront conservés au temple de Saint-Gervais. Cinquante-quatre cadavres ennemis sont relevés dans les rues et dans les fossés au pied de la muraille. Treize prisonniers, notamment de haute lignée, sont jugés, traités comme «voleurs et brigands» et confiés au bourreau Tabazan pour être pendus le jour même, parce qu'on ne pouvait pas procéder contre eux «comme contre gens de guerre, vu la paix qui avait été jurée et rejurée par le prince.»

Troisième temps
La Paix et l'écho européen

En été 1603, le traité de Saint-Julien, conclu avec l'aide des délégués de cinq cantons suisses, marquera la fin des nombreuses tentatives de Charles-Emmanuel de faire de Genève sa capitale au nord des Alpes. Les cours européennes, notamment le roi de France Henri IV, qui venait de signer l'Edit de Nantes, la cour d'Angleterre, avec successivement Elisabeth Ière puis Jacques Ier, l'électeur palatin et le duc de Wurtemberg font pression en vue d'obtenir ce résultat.

Le rayonnement de Calvin, mort en 1564, n'a pas été interrompu par la tentative de Charles-Emmanuel. L'Escalade va dorénavant marquer la volonté d'indépendance des Genevois et devenir la fête nationale de leur cité.