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Ge.ch > Thèmes > Etat > FAO > Archives > 2011 > 02.09.2011

Feuille d'Avis Officielle du 02.09.2011

Quelques personnalités qui ont contribué au rayonnement de la Genève internationale

Anja Wyden Guelpa, Chancelière d’EtatA l'heure de clore cette deuxième et dernière saison de notre série d'été consacrée aux organisations internationales à Genève, j'ai souhaité rappeler le rôle essentiel joué par quelques personnalités dans la construction et le rayonnement de la «Genève internationale». Cette Genève que l'on associe volontiers, à juste titre, aux Nations Unies est née et s'est développée, en effet, grâce à l'action d'individus visionnaires et généreux.

Il fallait un grain de folie au XIXe siècle, en pleine époque d'exacerbation des nationalismes, pour imaginer la naissance de structures supranationales. C'est pourtant ce qu'a fait Henri Dunant en imaginant la Croix-Rouge, sans peut-être mesurer la portée de sa vision, avec le soutien cadrant de Gustave Moynier, auquel le CICR doit en bonne part la stabilité de son assise.

Un terrain fertile

Le terrain préparé par le CICR va se révéler très fertile. Sautons quelques années pour arriver en 1917. Collaborateur du CICR, William Rappard est alors envoyé aux Etats-Unis par le Conseil fédéral pour expliquer la difficile situation économique de la Suisse. Durant ce séjour, il est reçu par le président Woodrow Wilson, qui lui parle de son projet de Société des Nations (SdN) et de nouvel ordre mondial.

En octobre 1918, William Rappard, à nouveau envoyé aux Etats-Unis, sonde en retour le président Wilson quant au rôle des Etats neutres au sein de la SdN. Il milite pour l'adhésion de la Suisse à la SdN, tandis que de son côté, le conseiller fédéral Gustave Ador, président du CICR et successeur à ce titre de Gustave Moynier, travaille à obtenir que le Traité de Versailles reconnaisse la neutralité helvétique.

La statue des Travailleurs sur la place Albert Thomas, rue de Lausanne, devant l’entrée du Centre William Rappard.Parallèlement, William Rappard travaille à la mise en place de la Ligue des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge, créée en 1919, l'année de la présidence de la Confédération par Gustave Ador. En 1927, il fonde l'Institut universitaire de hautes études internationales – devenu en 2008, après sa fusion avec l'Institut universitaire d'études du développement, l'Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) – afin de donner à la Genève internationale une dimension académique nouvelle, car internationale, qui n'a cessé depuis de prendre de l'ampleur.

Le devoir d'un homme d'honneur

Sadruddin Aga Khan a été le plus jeune Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Nommé en 1966, à 33 ans, il occupera cette fonction durant douze ans. Mais c'est tout autant son action personnelle qui reste inscrite dans l'histoire de la Genève internationale; action inlassable qu'ont rendue possible son épais carnet d'adresses, sa fortune personnelle et un caractère profondément humaniste.

Créateur de la Fondation de Bellerive puis de la Commission indépendante sur les enjeux humanitaires internationaux, au sein de laquelle il invite David Owen, Robert McNamara ou Susanna Agnelli, Sadruddin Aga Khan n'a eu de cesse que de stimuler la communauté et les institutions internationales afin qu'elles se saisissent des enjeux de notre époque. Il considérait cela comme son devoir, compte-tenu de la bienveillance du sort à son égard. Il a rendu d'immenses services à Genève. A son décès, en 2003, le Conseil d'Etat a souligné avec respect que «le destin de cette famille de grande noblesse perse, descendante du prophète Mahomet, est inextricablement lié à celui de cette petite ville européenne et à un projet ambitieux d'amélioration de la condition humaine.»

Le développement durable est né à Genève

Le Palais des Nations vu du lac Léman. Photos Laurent GuiraudMédecin de formation, Gro Harlem Brundtland est l'héritière du travail de Sadruddin Aga Khan. Cette politicienne norvégienne, plusieurs fois premier ministre de son pays, a donné son nom à la commission qui a siégé à Genève de 1983 à 1987 et publié le rapport «Notre avenir à tous», dans lequel la notion de «développement durable» a été énoncée pour la première fois.

La commission définit ainsi cette notion: «le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.» De 1998 à 2003, Madame Brundtland a été directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Restons dans le domaine de la santé. A travers leur fondation créée en l'an 2000, Bill et Melinda Gates ont distribué des centaines de millions de francs aux organisations établies à Genève et actives dans le domaine de la santé. C'est ainsi que l'OMS a reçu plus de 520 millions de dollars (environ 420 millions de francs au cours d'aujourd'hui), que le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme a reçu 500 millions de dollars et que l'Alliance mondiale pour les vaccins et l'immunisation (GAVI Alliance) a bénéficié de 750 millions de dollars.

Le miracle genevois

Cet exemple de partenariat public-privé n'est pas unique. La Fondation Pictet pour le développement a récemment dévoilé son projet de créer, en collaboration avec l'IHEID, un centre d'études en finance et développement et d'édifier un «Portail des Nations» sur le parc Rigot, en bordure de la place des Nations.

Que retenir des ces parcours et de ces initiatives hors du commun? Que le rayonnement de la Genève internationale est bien plus dépendant de l'action d'individus, mécènes ou visionnaires que l'on ne l'imagine généralement. Que la force de Genève tient aussi à sa capacité à engendrer ces individus et à générer de tels élans de solidarité. Et que c'est bien là le miracle genevois.

Anja Wyden Guelpa
Chancelière d'Etat