D'où venons-nous? Telle est la question posée aux visiteurs prêts à plonger dans l'exposition «Univers de particules» au Globe de la science et de l'innovation du CERN. Lors de son inauguration le 28 juin dernier, le conseiller d'Etat Charles Beer a salué cette «exposition permanente au service de la science et de la compréhension dont doit se saisir la population genevoise» et rendu hommage à l'initiative innovante du CERN et de l'entreprise Rolex SA, qui ont permis de la faire découvrir.
Véritable voyage vers le Big Bang, l'exposition est divisée en six zones d'exploration: des mondes mystérieux au grand collisionneur de hadrons, de la détection des particules aux paroles des scientifiques, etc. Au centre de l'exposition, sur un écran de six mètres de diamètre, sont projetés des événements de collisions protons-protons enregistrés par les expériences du LHC. L'histoire de notre Univers est racontée à travers une expérience audiovisuelle immersive, les chambres à étincelles, etc.
En mettant l'accent sur l'esthétique, sur la volonté d'associer à la démonstration scientifique une scénographie raffinée et originale, cette nouvelle exposition montre que la physique des particules est douée de beauté. Le lieu s'y prête parfaitement. En effet, véritable emblème du CERN, visible de loin, composé d'arcs de bois, le Globe est une splendide voûte de 27 mètres de haut et 40 mètres de diamètre! Orienté «développement durable», il se comporte comme un «puits de carbone». Comme le relève M. Charles Beer en parlant de l'exposition: «Culture, art et démarche scientifique ne sont pas aux antipodes». Pour l'architecte-conceptrice Shirin Frangoul-Brückner, sa démarche associe clairement l'art à la science: «Il s'agissait de montrer ces thèmes abstraits par le biais de l'émotion, de créer une atmosphère liée à l'architecture design, la lumière, les éléments audio, de trouver une manière attractive de présenter des sujets complexes et les ouvrir au grand public». En effet, ce lien entre beauté et science a une signification particulière du point de vue pédagogique. Si l'on veut convaincre le public, l'amener à la science, et plus particulièrement à la physique, il faut pouvoir exprimer en finesse ce qu'elle recèle de fascinant. Pour M. Charles Beer, «il est fondamental que les élèves se saisissent de la démarche scientifique, notamment parce que nous manquons de vocations dans la matière, d'où l'importance du travail de vulgarisation.»
Au-delà des aspects de vulgarisation scientifique et de promotion des sciences, cette initiative couronne le succès du CERN après plus de cinquante ans d'activités. Le CERN a en effet le mérite d'avoir contribué au succès du dynamisme de Genève et de la Suisse sur le plan scientifique, technique, intellectuel, économique et culturel et au développement de la science sur le plan international. Comme le soulève M. Charles Beer, «le CERN joue un rôle phare et précieux pour Genève et sa région (…). L'histoire nous rappelle la bataille politique qui avait été amorcée en 1950 au sujet du CERN, sur la question du lieu traversant les frontières française et suisse. Bien qu'en pleine guerre froide, Genève ne s'était heureusement pas laissée égarer (…). Aujourd'hui, en tant que canton international, Genève doit pouvoir compter sur la présence de ces organisations internationales.»
Au cœur d'un monde tumultueux et hautement concurrentiel, la Suisse n'est pas une île. La compétition internationale se joue aujourd'hui sur la capacité d'un pays à innover. Les Hautes écoles suisses, notamment l’Université de Genève, sont très bien placées dans les classements internationaux en matière d’excellence de la recherche. Pour pouvoir continuer à régater dans cette course, des efforts importants doivent être investis dans la formation d’une vraie relève scientifique. Pour atteindre cet objectif, la science doit être un pôle d'attraction incontournable.
Dans cette perspective, la création d'une nouvelle plateforme scientifique en neurosciences à la pointe de la Jonction, alliée à un pôle artistique et culturel ouvert sur la cité, est un projet d'envergure qui insufflerait un esprit novateur et pionnier à Genève. Il permettra aussi de fédérer des compétences régionales et de prendre une place prédominante dans la communauté de la connaissance scientifique mondiale.
Cette alchimie prometteuse, rencontre à la fois esthétique et scientifique pour attirer l'attention de la population sur les défis pressants du présent et du futur, est nécessaire pour construire un avenir à la fois prospère et responsable.
Département de l’instruction publique, de la culture et du sport