Depuis plus de 80 ans, Genève a rendez-vous avec l'industrie automobile. Depuis plus de 80 ans, Genève s'affirme, ici à Palexpo, dans le cercle des expositions mondiales qui comptent, ici à Palexpo et, auparavant, dans le Palais des expositions de Plainpalais. Et depuis 80 ans, Genève accueille un secteur qui suscite passion et critique.
Je suis de ceux qui, par nature, privilégient la passion. Je laisse à d’autres le parti du pessimisme. A ceux-là, qui vouent à la voiture une haine suspecte, qui lui reprochent d'asservir l'homme, qui voient en elle la cause de tous les maux, j'ai envie de dire que la voiture ne nous impose rien et n'attend rien de nous. Elle ne fait que répondre à nos attentes.
Plus que n'importe quelle autre industrie, l'automobile a toujours dû se soucier des attentes de ses clients; plus que l’industrie lourde, tributaire de marchés publics ou militaires; plus que l’aviation, longtemps orientée vers des entreprises nationales.
C’est sans doute une des raisons pour lesquelles la voiture a marqué le XXe siècle. C’est aussi pour cela qu’elle nous fascine. Observer l’histoire de l’automobile, c’est plonger dans l’histoire récente de l’âme humaine, dans l’histoire de notre désir de liberté, de puissance, de sécurité, de confort. Et lorsqu’elle devient aventurière, la voiture témoigne de ce qu’il y a de plus noble en l’homme: de sa volonté d'«abolir les frontières géographiques, culturelles et politiques dans le monde», comme le disait André Citroën à la veille de la Croisière Jaune, en 1931.
La «Croisière Jaune» du XXIe siècle nous conduira à surmonter deux nouveaux défis: l’endettement et l’énergie. Ce sont là les principales leçons des trois dernières années; d’abord la hausse du prix du carburant, qui a atteint 140 dollars le baril en mai 2008; et juste après, une crise économique et financière brutale dont nous subissons encore les contrecoups. Il faudra donc apprendre à se libérer de la dette et de l’énergie.
Les constructeurs ont compris qu’ils devaient se prémunir contre les risques du crédit. La plupart ont déjà développé des compétences financières qui le leur permettent. Mais se libérer du crédit ne suffira pas. Il faudra aussi se libérer de la dépendance énergétique. Les clients, même aisés, ne veulent plus de voitures trop gourmandes. Quant aux Etats, même les moins respectueux de l'environnement sont aujourd'hui contraints de s’ouvrir aux énergies alternatives. Il en va de leur indépendance et de leur souveraineté. Les économies d'énergie valent mieux que les guerres motivées par la course au pétrole.
L’avenir appartient aux constructeurs qui sauront le mieux intégrer cette donnée. Preuve en est ce Salon de l’auto, qui accueille une centaine de premières mondiales, dont une quinzaine consacrées aux énergies alternatives.
Le développement de l’automobile se décidera aussi sur les marchés émergents, en Chine, en Inde,au Brésil et en Indonésie. Il y a dix ans, la Chine produisait dix fois moins d'automobiles que les USA. Elle en produit aujourd'hui le double. Dans tous ces pays, il faudra produire et vendre sans endettement excessif, et sans hypothéquer l’avenir énergétique.
La tâche est ardue. Mais ces efforts donneront à l’industrie automobile un avantage considérable sur d'autres secteurs. Contraints de réduire de 30 à 40% la consommation de leurs véhicules, les constructeurs développent des techniques qu'ils pourront commercialiser à grande échelle, lorsque les temps de pénurie énergétique arriveront vraiment. Demain, on verra des marques automobiles devenir leaders des solutions énergétiques innovantes, comme on voit le leader chinois de production de piles et batteries devenir un acteur automobile majeur.
L'industrie automobile vient de traverser, ces trois dernières années, de grosses turbulences. A quelques dizaines de kilomètres d'ici, c'est-à-dire à nos portes, dans la vallée du Rhône ou dans la vallée de l'Arve, des milliers d'emplois, c'est-à-dire des milliers d'hommes et de femmes occupés dans l'industrie de l'aluminium ou du décolletage, en ont subi les conséquences.
Dans ces circonstances difficiles, merci à vous et à vos équipes, Monsieur le Président du Salon de l'automobile, de nous proposer une exposition qui, une nouvelle fois, fait honneur à Genève et à la Suisse. Nous sommes heureux que ce 80e Salon de l'automobile de Genève marque le début d'une nouvelle ère de croissance, une croissance fondée sur la durabilité plutôt que sur la puissance et l'endettement. On continuera à venir au Salon de l'auto pour rêver, pour admirer, pour se faire plaisir. Mais on y viendra aussi pour s'inspirer et pour découvrir les tendances qui, demain, s’imposeront à tous les secteurs de l'économie.
Au nom du Conseil d'Etat de la République et canton de Genève, je vous souhaite à toutes et à tous, constructeurs, vendeurs, accessoiristes, techniciens, ou plus simplement amateurs, un magnifique Salon de l'auto 2010.
François Longchamp
Président du Conseil d’Etat
Discours prononcé le 4 mars 2010 à Palexpo.