C'est pour moi un plaisir et un honneur de m'adresser à vous dans ce cadre prestigieux qu'est le Muséum d'histoire naturelle de la Ville de Genève, aux côtés de Madame Decrouez, directrice du Muséum, et de Monsieur Patrice Mugny, conseiller administratif en charge de la culture.
Cette exposition, que nous inaugurons aujourd'hui dans un des plus beaux espaces d'exposition du canton, est le fruit d'un partenariat, celui de la Ville et de l'Etat de Genève, et des efforts de très nombreuses personnes. La liste de remerciements du Muséum est d'ailleurs plus qu'éloquente!
Aujourd'hui, Genève vit à l'heure de la construction du projet d'agglomération. C'est une notion encore bien floue pour nombre de nos concitoyens, qui ont de la peine à voir toutes les implications concrètes d'un tel projet, dont la réalisation s'étendra forcément sur plusieurs décennies. L'exposition «Genève contre nature?» arrive donc au meilleur des moments pour prendre la mesure de l'influence de l'homme sur la nature dans le bassin genevois depuis le milieu du XIXe siècle et tenter une projection dans un futur que nos choix d'aujourd'hui et de demain conditionneront immanquablement.
L'exposition qui est inaugurée aujourd'hui est, pour moi, magistrat en charge des politiques publiques liées au territoire, une incitation à la fois à la responsabilité et à l'humilité.
A la responsabilité tout d'abord, car, depuis qu'il existe, l'homme est en interaction avec son environnement, il le modèle et le façonne pour le meilleur et malheureusement aussi trop souvent pour le pire. Sa capacité d'action a été décuplée depuis la révolution industrielle et avec le développement des sciences et des techniques. Cela nous donne une responsabilité encore plus grande par rapport à nos actions et nos choix, aussi et surtout dans notre rapport avec la nature et la place que nous sommes prêts à lui accorder.
A l'humilité ensuite, car vous constaterez au fil des différents parcours et des différentes périodes que nos visions ne durent qu'un temps, celui d'une génération au maximum, avant d'être remises en question, voire combattues… Qui se permettrait aujourd'hui de proposer de canaliser l'Aire ou la Seymaz dans un carcan de béton, alors que cela semblait absolument évident dans une logique productiviste des années 1930? Ou d'imaginer aujourd'hui une autoroute le long des quais, comme ce fut le cas à la fin des années 1950? On découvre également que certaines idées reviennent de manière plus que récurrente et que, selon toute vraisemblance, elles se réaliseront lorsque les temps seront venus, demain ou dans quelques décennies…
A l'échelle du bassin genevois, cette réflexion ne doit pas nous freiner et nous inciter à l'immobilisme; elle doit instiller en nous un «doute constructif», une incitation à se poser les questions fondamentales sur l'espace de vie que nous désirons pour nous-mêmes et nos descendants.
Nous avons la chance d'avoir à Genève une nature diversifiée, une des plus riches de Suisse. Elle mérite une attention toute particulière. La situation géographique de notre région et son relief sont à l'origine d'une étonnante diversité de milieux et, par conséquent, d'espèces animales et végétales. Notre canton n'abrite pas seulement une très grande proportion des espèces recensées en Suisse, il est aussi souvent le seul, ou le dernier, à accueillir des espèces rares ou disparues ailleurs. La chouette chevêche, le glaïeul des marais, la couleuvre vipérine, le crapaud accoucheur en sont quelques exemples. Cette richesse est cependant bien fragile. L'inventaire des plantes vasculaires du canton de Genève montre qu’un quart de la flore cantonale est menacée, dont la moitié en danger critique d’extinction; et plus des deux tiers des espèces de batraciens recensées dans notre canton sont menacées.
Notre responsabilité est maintenant de continuer notre développement dans une logique transfrontalière en respectant notre cadre de vie naturel et en lui donnant plus de place chaque fois que cela est possible.
Le titre de l'exposition est une interrogation: «Genève contre nature?» Pour moi, la question est suffisamment équivoque pour contenir la réponse. Genève adopte effectivement un comportement «contre nature» quand elle ne tient pas suffisamment compte de la nature qui l'environne et dont elle est issue.
Mon vœu pour la Genève de demain est celui d'une symbiose entre l'homme et la nature. Il ne s'agit en rien de les opposer, mais bien de trouver un nouvel équilibre où les deux se renforcent mutuellement. La voie est étroite, cette exposition est un élément pour y arriver. Je remercie la Ville de Genève et le Muséum de l'avoir rendue possible, ses concepteurs1, pour l'avoir imaginée et tous ceux qui ont œuvré durant des mois à sa concrétisation.
Je vous souhaite beaucoup de plaisir en visitant cette exposition au Muséum. Qu'elle suscite en vous l'envie de poursuivre cette rencontre de la nature sur le terrain!
Robert Cramer
Conseiller d’Etat en charge du département du territoire
1 Christina Meissner et Guy Reyfer
Discours prononcé le 18 juin 2008 au Muséum d'histoire naturelle à l'occasion du vernissage de l'exposition «Genève contre nature?»
A travers les destins de trois cours d’eau et de la rade de Genève, cette exposition présente comment la nature du territoire genevois a évolué au cours de ces cent dernières années d’interventions humaines entre campagne et ville.
Musée d’histoire naturelle (1, route de Malagnou, 1208 Genève) jusqu’au 14 juin 2009. Ouvert tous les jours de 10 heures à 17 heures, sauf le lundi.