Horace-Bénédict de Saussure est certainement le plus illustre des savants genevois du XVIIIème siècle. Homme de progrès, il est l'inventeur de l'hygromètre, appareil destiné à mesurer l'humidité de l'air. Pourtant, la rue qui porte son nom "ne paie pas de mine": c'est une petite rue qui relie la rue du Conseil-Général au boulevard Georges-Favon et à la Plaine de Plainpalais, le long du bâtiment d'Uni-Dufour. Tous les étudiants ayant étudié à l'université de Genève la connaissent bien.
Voici
comment Olivier Fatio, ancien professeur titulaire de l'Institut d'histoire
de la Réformation à l'Université de Genève,
décrit le personnage: "(
) Horace-Bénédict
de Saussure, patricien savant, soucieux de formation de la jeunesse, de
développement de la technologie et du rayonnement spirituel de
la République, tenu pour le père de la patrie par ses contemporains." (Une de la FAO du 22 octobre 1999)
Célèbre, Horace-Bénédict de Saussure l'a effectivement été de son vivant. Figure typique de son époque, le fameux Siècle des Lumières, il a en effet cumulé les activités et s'est illustré dans des domaines aussi variés que la géologie, la botanique, la physique, la minéralogie. On le connaît surtout comme naturaliste. Cet intérêt pour les sciences naturelles tient de famille: son père, Nicolas de Saussure, fameux agronome, écrit un ouvrage sur la vigne et les engrais; son petit-fils, Henri, s'illustre également comme naturaliste. L'excellence de la famille de Saussure se révèle par le fameux linguiste, Ferdinand de Saussure, qui est l'arrière-petit-fils d'Horace-Bénédict. Voilà pour quelques célèbres parents. En outre, Horace-Bénédict entretint durant une bonne partie de sa vie une correspondance suivie avec son oncle, le naturaliste Charles Bonnet, ainsi qu'avec Albrecht de Haller, fameux botaniste bernois. Enfin, il faut savoir qu'une plante des Alpes porte son nom: il s'agit de la Saussurée (Saussurea alpina). En effet, à la mort de de Saussure, en janvier 1799, Augustin Pyramus de Candolle, célèbre botaniste et naturaliste genevois (1778-1841), lui rendit hommage en lui dédiant une plante qu'il avait découverte.
Revenons sur les principales étapes de sa vie: Horace-Bénédict de Saussure est né en 1740 et est décédé à l'âge de 59 ans à Conches, dans une maison aujourd'hui disparue. Il fut enterré au cimetière de Plainpalais.
Amoureux de la nature, passionné de montagne, fasciné par
le Mont-Blanc et ses glaciers, il fait de très nombreux voyages
dans les Alpes et plusieurs fois le tour du massif du Mont-Blanc - son
uvre la plus connue est d'ailleurs constituée des quatre
tomes des Voyages dans les Alpes. Amateur
d'aventures et de découvertes, il entreprend, d'octobre 1772 à
août 1773, un voyage à Naples, d'où il fait l'ascension
du Vésuve, et en Sicile, pour monter au sommet de l'Etna: toujours
la passion de la montagne liée à celle de la géologie
et de la minéralogie
En 1762, à l'âge de 22 ans, il obtient la chaire de philosophie à l'Académie (université) et la conserve durant 24 ans. Appartenant au patriciat genevois, Horace-Bénédict est en outre très bien intégré dans la vie sociale de Genève: en 1765, il épouse Albertine-Amélie Boissier, arrière-petite-fille de Jean-Antoine Lullin, banquier à Lyon, petite-fille du pasteur et théologien Ami Lullin et fille de Jean-Jacques André Boissier, un riche homme d'affaires. C'est ainsi que durant la majeure partie de sa vie, Horace-Bénédict de Saussure vit dans de magnifiques demeures: l'hôtel particulier de la Tertasse, un véritable palais à l'époque, et la maison de campagne du Creux-de-Genthod.
En
1774, Horace-Bénédict de Saussure publie un Projet
de réforme pour le Collège de Genève, proposant
un nouveau plan d'études dans lequel les sciences naturelles auraient
une place prépondérante, à côté du latin,
de la morale et de la religion. Bien que n'ayant pas abouti, ce projet
montre qu'en matière de formation, de Saussure privilégie
l'aspect pratique et concret des choses et encourage les talents de chaque
citoyen.
En 1776, Horace-Bénédict de Saussure crée avec l'horloger Louis Faizan la Société pour l'Encouragement des Arts et de l'Agriculture (il faut comprendre le mot "arts" au sens de l'époque: les techniques artisanales et industrielles). Le but principal de la Société est de promouvoir l'innovation technologique. L'Assemblée constitutive de la Société des Arts a lieu dans la Salle des Deux-Cents de l'Hôtel de Ville le 18 avril 1776. En 1787, la Société a l'idée de créer un organe nouveau sous forme d'un périodique hebdomadaire, Le Journal de Genève, qui paraît chaque samedi du 4 août 1787 au 31 juillet 1791. De 1788 à 1791, Horace-Bénédict y tient une chronique mensuelle. Il préside la Société des Arts de 1793 à 1799.
Son
exploit le plus célèbre reste l'ascension du Mont-Blanc,
le 3 août 1787, année où il quitte sa chaire à
l'Académie. Il parvient au sommet du Mont-Blanc, un an seulement
après la première ascension réussie par Michel Gabriel
Paccard et Jacques Balmat. Cet exploit, considéré comme
une entreprise scientifique, le rend encore plus célèbre,
et le souvenir de cette réussite perdure jusqu'à nos jours:
dans les années 1970, son portrait et son ascension du Mont-Blanc
figuraient sur les billets de vingt francs suisses.
Horace-Bénédict de Saussure ramène du Mont-Blanc un morceau de granit: serti dans l'or, ce morceau de granit orne aujourd'hui la masse de la République créée en 1999 par le joaillier Gilbert Albert et conservée à l'Hôtel de Ville dans la salle du Conseil d'Etat.
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Réalisé avec l'aimable collaboration des Archives de l'Etat de Genève.