L'Avenue Pictet de Rochemont est située dans le quartier des Eaux-Vives. Perpendiculaire à l'Avenue de Frontenex, elle relie la Rue Versonnex à la Route de Chêne.
Charles
Pictet est né à Genève en 1755. Son mariage, en 1786,
avec Adélaïde Sara de Rochemont lui confère le nom
de Pictet de Rochemont.
Son père, également prénommé Charles, a été
colonel aux Pays-Bas. De retour à Genève, les Pictet s'installent
à Cartigny.
Le jeune Charles Pictet grandit dans une famille aristocratique, ouverte
et tolérante. Après des études au Collège
puis à l'Académie, il se destine à la carrière
militaire. En 1775, Charles Pictet gagne la France où il sert dans
le régiment de Diesbach et dans la compagnie Lullin de Châteauvieux.
De retour à Genève, il entre en 1788 au Conseil des Deux
Cents et en 1790 devient auditeur.
Il commande un des quatre bataillons de la Milice bourgeoise et rédige
à l'intention de la troupe des Instructions d'exercice qui seront
rééditées pour la Garde nationale qui succède
à la milice.
En 1792, Charles Pictet commande la " Légion genevoise "
et fait partie de l'Assemblée nationale.
La France révolutionnaire, dont les troupes ont envahi la Savoie,
est aux portes de Genève qu'elle menace d'annexer en 1792. L'indépendance
est sauvée provisoirement, mais l'Ancien Régime ne résiste
pas à l'avancée révolutionnaire. Un "comité
provisoire de sûreté" composé de treize citoyens
suspend de ses fonctions le gouvernement en place et proclame l'égalité
politique entre toutes les catégories de la population. Genève
a vécu sa révolution en décembre 1792. En 1794, Jean-François
de Rochemont, beau-frère de Charles, est condamné à
mort et exécuté. Pictet est lui condamné à
une année de détention domestique.
En 1798, Charles Pictet acquiert un domaine de 75 hectares à Lancy,
aujourd'hui la mairie de Lancy. Pictet de Rochemont se spécialise
dans l'élevage des moutons mérinos auxquels il accorde le
plus grand soin. Dans son domaine lancéen, il cultive également
le maïs qu'il introduit à Genève. Son exploitation
agricole est florissante et ses techniques agricoles copiées.
Parallèlement à cette vie paysanne (il travaillait lui même
aux champs), Pictet de Rochemont écrit beaucoup. Il fonde en 1796
une revue, la Bibliothèque britannique qui deviendra ensuite la
Bibliothèque universelle. Pictet y tient la rubrique agricole de
1796 à 1815.
La défaite napoléonienne de 1813 clôt la parenthèse française (1798-1813). Genève est libérée le 30 décembre 1813 par les troupes autrichiennes du comte Ferdinand Bubna Von Littiz. Un gouvernement provisoire proclame la restauration de la République le 1er janvier 1814. Le texte de la proclamation est sans doute l'uvre de Pictet de Rochemont qui la lit dans une ville en liesse.
Au plan stratégique, l'objectif premier des nouvelles autorités
genevoises est de faire de Genève un canton suisse. Pictet de Rochemont
est un fervent partisan de l'adhésion de Genève à
la Confédération suisse. C'est ainsi naturellement que Pictet
fait partie de la députation envoyée à Bâle
en janvier 1814 pour demander aux souverains alliés la reconnaissance
de l'indépendance genevoise et sa réunion à la Confédération
avec un territoire agrandi.
Cette première expérience diplomatique de 1814 sera suivie
de celles de Vienne et Paris en 1815 et Turin en 1816. Charles Pictet
de Rochemont sera en effet, avec François d'Ivernois, le grand
négociateur des modifications territoriales nécessaires
à l'adhésion de Genève à la Confédération
helvétique.
La
première Conférence de Paris de 1814 est un échec.
La France, dont le négociateur est Tallyrand, refuse en effet de
céder le Pays de Gex. Lors du Congrès de Vienne (octobre
1814 - avril 1815), la France reste inflexible sur les demandes territoriales
genevoises. Les négociations reprennent à Paris en août
1815. Genève est désormais intégrée à
la Confédération helvétique depuis le 19 mai 1815
et le duc Richelieu a succédé à Talleyrand.
Fort du soutien de la Suisse (la Diète fédérale l'a
nommé comme plénipotentiaire), Pictet de Rochemont voit
sa position diplomatique renforcée.
Grâce aussi à l'appui du comte Capo d'Istria, les succès
remportés sont éclatants.
La totalité du Pays de Gex n'est certes pas acquis, mais six communes
gessiennes, dont Pregny et Versoix, sont inclues au territoire genevois,
ce qui assure à Genève une frontière avec la Suisse.
La réussite de Pictet de Rochemont est complétée
par la déclaration solennelle du 20 novembre 1815 des plénipotentiaires
des puissances réunies à Paris (France, Grande-Bretagne,
Russie, Prusse, Autriche) à reconnaître que " la neutralité
perpétuelle de la Suisse et son intégrité territoriale
étaient conformes " aux vrais intérêts politiques
de l'Europe " " (Citoyens de Genève, citoyens suisses,
1998, p 21).
Rédigée par Pictet de Rochemont lui-même, cette déclaration
consacre la neutralité suisse au plan européen et lance
la tradition des bons offices.
Pour négocier le dossier des territoires de la rive gauche du lac,
Pictet de Rochemont est envoyé à Turin en 1816 par le canton
et la Confédération. Un nouveau succès attend le
négociateur genevois : vingt-quatre communes savoyardes et sardes
(dites " communes réunies ") sont intégrées
au territoire genevois, le roi de Sardaigne acceptant les cessions territoriales
prévues par les protocoles de Vienne et de Paris. A la zone franche
du Pays de Gex s'ajoute désormais celle de la Savoie.
Charles
Pictet de Rochemont a parfaitement réussi la mission diplomatique
qui lui avait été confiée à savoir désenclaver
Genève. A l'été 1816, il regagne son domaine agricole
et retourne à l'élevage des moutons mérinos.
Nommé conseiller d'Etat honoraire en 1815, la Diète helvétique
décréta le 18 juillet 1816 que Pictet de Rochemont "
avait bien mérité de la Confédération suisse
et s'était acquis les droits les plus sacrés à l'estime
et à la reconnaissance publiques ".
Membre du Conseil représentatif (l'ancêtre du Grand Conseil),
Pictet de Rochemont garde un vif intérêt pour la vie publique.
En 1821, il rédige De la Suisse dans l'intérêt de
l'Europe, chef d'uvre de diplomatie et de critique militaire.
Charles Pictet de Rochemont décède en 1824, en laissant
un héritage historique et politique considérable à
Genève et à la Suisse.
Chancellerie d'Etat
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