Pour
découvrir la rue Jean-Jacques de Sellon, il faut se rendre sur
la rive droite du Rhône, dans le quartier des Grottes. Cette petite
rue, perpendiculaire à celle du Fort-Barreau, fait face aux parc
des Cropettes.
Jean-Jacques de Sellon fait figure de précurseur de l'esprit de
Genève.
Sa famille, originaire du Sud de la France, a quitté Nîmes
en 1685 à la révocation de l'Edit de Nantes. La bourgeoisie
genevoise fut accordée aux de Sellon en 1699.
Jeune enfant, Jean-Jacques de Sellon parcourut l'Italie avec ses parents
lors de séjours prolongés à Naples, Rome et Florence.
Il fut ainsi frappé de découvrir que la peine de mort avait
été abolie en Toscane par le grand-duc Léopold, sans
que le nombre de crimes n'eut à augmenter.
Les germes de son engagement futur en faveur de la cause abolitionniste
remontent sans doute à ces expériences de prime jeunesse.
A son retour d'Italie, il prit en effet un soin tout particulier à étudier la littérature juridique et théologique sur la peine de mort.
De
1794 à 1800, Jean-Jacques de Sellon séjourna principalement
à Allaman, dans le château familial. Il lui arrivait de demeurer
de temps à autres au numéro 2 de la Rue des Granges, le
domicile genevois de la famille de Sellon.
Dès 1800, il prend pour demeure l'hôtel particulier de la
Rue des Granges dont il est le cinquième propriétaire. "A
l'occasion du jubilé de la mort de Calvin, il lance, en 1814, une
souscription pour ériger dans l'axe de la "porte Neuve"
une statue colossale du grand réformateur. Agité alors par
des tensions entre catholiques et protestants, l'Etat refuse de voter
ce crédit. Le comte de Sellon fait alors dresser une grande pierre
tombale pyramidale sur sa terrasse" (Musée Fondation Zoubov
Genève, 2001, p. 12-13). Le Conseil d'Etat classe monument historique
le numéro 2 de la Rue des Granges dit "Hôtel de Sellon"
en 1923. L'Etat l'acquiert en 1955. "Une plaque apposée sur
la façade côté rue, en 1967, rappelle que (
)
Camille Cavour, créateur de l'unité italienne, (
)
séjourna fréquemment dans cette maison".
(Musée Fondation Zoubov Genève, 2001, p. 11).
L'hôtel de Sellon abrite aujourd'hui la Fondation Tatiana Zoubov et sert de lieu de réception pour les hôtes de marque de la République. La collection d'objets d'arts a été offerte par la comtesse Zoubov à l'Etat de Genève en 1959 en mémoire de sa fille Tatiana décédée accidentellement.
Admirateur de Napoléon Ier, Jean-Jacques de Sellon assista au
couronnement de l'Empereur en 1806. Il fut nommé chambellan puis
chevalier de l'ordre de la Réunion, titre qu'il conserva jusqu'à
la chute de l'Empire.
De retour en Suisse, de Sellon prit coutume d'offrir l'hospitalité
à des aristocrates et personnalités de son temps. Ainsi,
à titre d'exemple, des membres de la famille Bonaparte, le pianiste
Liszt ou les archiducs autrichiens Ferdinand et Maximilien transitèrent
par la Rue des Granges ou le château d'Allaman.
A la suite de la restauration de la République à Genève en 1814, de Sellon fit son entrée en 1816 au Conseil représentatif et souverain ("organe législatif"). Fort des ses convictions abolitionnistes, il pensa y trouver un terrain favorable à l'avancée de sa cause. Afin de sensibiliser l'opinion publique, il publia moult ouvrages sur la peine de mort et ouvrit, dès 1826, un concours sur la question de l'abolition de la peine capitale. Les participants étaient invités à répondre à des questions formulées par lui.
Fermement convaincu de "l'inviolabilité de la vie humaine",
ce credo l'a d'abord conduit à mener la lutte contre l'esclavage
et la peine de mort, puis à se consacrer à la paix entre
les nations.
En 1830, Jean-Jacques de Sellon créée en effet à
Genève de la Société de la paix, première
société pacifiste sur le continent européen après
les Peace Society anglaise et américaine.
Il mit également toute son énergie à sensibiliser
l'opinion publique à la cause pacifiste par ses interventions politiques,
publications et concours.
Affaibli par la maladie, il se retira en 1834 du Conseil représentatif
pour se consacrer entièrement à la Société
de la paix. Jean-Jacques de Sellon décéda le 7 juin 1839
à l'âge de 57 ans.
Le premier congrès international de la paix, que Jean-Jacques de
Sellon avait appelé de ses vux à maintes reprises,
fut convoqué par la Peace Society d'Angleterre en 1843, quatre
ans seulement après sa mort.
Lorsque le Grand Conseil genevois vote en 1871 l'abolition de la peine capitale, consacrant, selon les termes de l'époque "la victoire du progrès sur l'obscurantisme, de la civilisation sur la barbarie, de la démocratie sur l'autoritarisme", c'est sans doute à Jean-Jacques de Sellon et à son combat qu'il le doit.
Grand
philanthrope et précurseur de l'Esprit de Genève, Jean-Jacques
de Sellon uvra pour le bien commun, au nom de "l'inviolabilité
de la vie humaine" et contribua grandement à la reconnaissance
internationale de Genève, ville de paix et berceau du droit international.
Chancellerie d'Etat
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