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Feuille d'Avis Officielle du 16.08.2002

Genevoises et Genevois connus et moins connus - promenades dans les rues de Genève

Jean-Jacques de Sellon
1782-1839
Philanthrope, pacifiste et homme politique

Jean-Jacques de Sellon, tableau par J. Hornung. Ó Genève, BPU, Collections iconographiques (photo: Arlaud)Pour découvrir la rue Jean-Jacques de Sellon, il faut se rendre sur la rive droite du Rhône, dans le quartier des Grottes. Cette petite rue, perpendiculaire à celle du Fort-Barreau, fait face aux parc des Cropettes.

Jean-Jacques de Sellon fait figure de précurseur de l'esprit de Genève.
Sa famille, originaire du Sud de la France, a quitté Nîmes en 1685 à la révocation de l'Edit de Nantes. La bourgeoisie genevoise fut accordée aux de Sellon en 1699.

Jeune enfant, Jean-Jacques de Sellon parcourut l'Italie avec ses parents lors de séjours prolongés à Naples, Rome et Florence. Il fut ainsi frappé de découvrir que la peine de mort avait été abolie en Toscane par le grand-duc Léopold, sans que le nombre de crimes n'eut à augmenter.
Les germes de son engagement futur en faveur de la cause abolitionniste remontent sans doute à ces expériences de prime jeunesse.

A son retour d'Italie, il prit en effet un soin tout particulier à étudier la littérature juridique et théologique sur la peine de mort.

Rue Jean-Jacques de Sellon (photo: Chancellerie d'Etat)De 1794 à 1800, Jean-Jacques de Sellon séjourna principalement à Allaman, dans le château familial. Il lui arrivait de demeurer de temps à autres au numéro 2 de la Rue des Granges, le domicile genevois de la famille de Sellon.

Dès 1800, il prend pour demeure l'hôtel particulier de la Rue des Granges dont il est le cinquième propriétaire. "A l'occasion du jubilé de la mort de Calvin, il lance, en 1814, une souscription pour ériger dans l'axe de la "porte Neuve" une statue colossale du grand réformateur. Agité alors par des tensions entre catholiques et protestants, l'Etat refuse de voter ce crédit. Le comte de Sellon fait alors dresser une grande pierre tombale pyramidale sur sa terrasse" (Musée Fondation Zoubov Genève, 2001, p. 12-13). Le Conseil d'Etat classe monument historique le numéro 2 de la Rue des Granges dit "Hôtel de Sellon" en 1923. L'Etat l'acquiert en 1955. "Une plaque apposée sur la façade côté rue, en 1967, rappelle que (…) Camille Cavour, créateur de l'unité italienne, (…) séjourna fréquemment dans cette maison".
(Musée Fondation Zoubov Genève, 2001, p. 11).

L'hôtel de Sellon abrite aujourd'hui la Fondation Tatiana Zoubov et sert de lieu de réception pour les hôtes de marque de la République. La collection d'objets d'arts a été offerte par la comtesse Zoubov à l'Etat de Genève en 1959 en mémoire de sa fille Tatiana décédée accidentellement.

Admirateur de Napoléon Ier, Jean-Jacques de Sellon assista au couronnement de l'Empereur en 1806. Il fut nommé chambellan puis chevalier de l'ordre de la Réunion, titre qu'il conserva jusqu'à la chute de l'Empire.
De retour en Suisse, de Sellon prit coutume d'offrir l'hospitalité à des aristocrates et personnalités de son temps. Ainsi, à titre d'exemple, des membres de la famille Bonaparte, le pianiste Liszt ou les archiducs autrichiens Ferdinand et Maximilien transitèrent par la Rue des Granges ou le château d'Allaman.

A la suite de la restauration de la République à Genève en 1814, de Sellon fit son entrée en 1816 au Conseil représentatif et souverain ("organe législatif"). Fort des ses convictions abolitionnistes, il pensa y trouver un terrain favorable à l'avancée de sa cause. Afin de sensibiliser l'opinion publique, il publia moult ouvrages sur la peine de mort et ouvrit, dès 1826, un concours sur la question de l'abolition de la peine capitale. Les participants étaient invités à répondre à des questions formulées par lui.

Fermement convaincu de "l'inviolabilité de la vie humaine", ce credo l'a d'abord conduit à mener la lutte contre l'esclavage et la peine de mort, puis à se consacrer à la paix entre les nations.
En 1830, Jean-Jacques de Sellon créée en effet à Genève de la Société de la paix, première société pacifiste sur le continent européen après les Peace Society anglaise et américaine.

Il mit également toute son énergie à sensibiliser l'opinion publique à la cause pacifiste par ses interventions politiques, publications et concours.
Affaibli par la maladie, il se retira en 1834 du Conseil représentatif pour se consacrer entièrement à la Société de la paix. Jean-Jacques de Sellon décéda le 7 juin 1839 à l'âge de 57 ans.
Le premier congrès international de la paix, que Jean-Jacques de Sellon avait appelé de ses vœux à maintes reprises, fut convoqué par la Peace Society d'Angleterre en 1843, quatre ans seulement après sa mort.

Lorsque le Grand Conseil genevois vote en 1871 l'abolition de la peine capitale, consacrant, selon les termes de l'époque "la victoire du progrès sur l'obscurantisme, de la civilisation sur la barbarie, de la démocratie sur l'autoritarisme", c'est sans doute à Jean-Jacques de Sellon et à son combat qu'il le doit.

rue Jean-Jacques De-Sellon (1782-1839, Philanthrope genevois)Grand philanthrope et précurseur de l'Esprit de Genève, Jean-Jacques de Sellon œuvra pour le bien commun, au nom de "l'inviolabilité de la vie humaine" et contribua grandement à la reconnaissance internationale de Genève, ville de paix et berceau du droit international.

Chancellerie d'Etat
Information


Bibliographie:
  • DURAND André, Gustave Moynier et les sociétés de la Paix, Revue internationale de la Croix-Rouge n°821, 1996.
  • GALLAND Jean-Paul, Dictionnaire des rues de Genève, Promoédition, Genève, 1982.
  • MASSE Arthur, Promenades historiques dans les rues de Genève, Edition de Genève-Bâle-Lyon, 1874, réimpression Editions Slatkine, Genève, 1980.
  • RENS Ivo et GIESEN Klaus-Gerd, Jean-Jacques de Sellon. Pacifiste et précurseur de "l'esprit de Genève", Fondation GIPRI, Cahier de recherches N°11, 1985.
  • Collection Zoubov, Genève, Rue des Granges 2, Roto-Sadag, Genève, 1979.
  • Musée Fondation Zoubov, Genève, Imprimerie Lenzi SA, Genève, 2001.
  • Genève et les réfugiés 500 ans d'histoire, Ville de Genève et Fondation HUNHCR-50, Genève, 2001.