L'année 2001 touche à sa fin. Ces 52 semaines si riches en événements et en rebondissements ne nous auront guère laissé de répit et les quelques jours de pause hivernale, bienvenus, sont l'occasion de nous remémorer les faits marquants de l'année.
S'agissant de l'actualité locale, je rappellerai la mise en oeuvre de l'assurance-maternité cantonale, le lancement de la Communauté tarifaire intégrale pour les transports publics, la célébration à la Chancellerie du premier PACS et le début des travaux du tram 13, qui reliera la gare à la place des Nations. Toutes ces réalisations ont un point commun : l'amélioration de la qualité de vie des habitants du canton.
La nouvelle législature s'est ouverte sur l'adoption du budget, le 14 décembre dernier. Cette marque de continuité et de responsabilité de la part du parlement est du meilleur augure pour la suite. Quant au nouveau Conseil d'Etat, il s'est mis à l'oeuvre avec détermination, sous la présidence de Madame Micheline Calmy-Rey.
Lors du traditionnel discours de Saint-Pierre, le gouvernement a dessiné les contours de son action pour les quatre ans à venir. Il veut être à l'écoute des Genevoises et des Genevois, pour répondre à leurs besoins. Cela signifie par exemple combattre la pénurie de logements, soutenir les structures d'accueil de la petite enfance, lutter contre le chômage et en particulier le chômage de longue durée et intensifier la coopération régionale avec nos voisins suisses et français, dans un contexte de maîtrise budgétaire et de réduction de la dette publique.
Chômage, dettes, ces mots ne doivent pas nous faire oublier que jamais Genève n'a offert autant d'emplois qu'en cette année 2001, jamais un si grand nombre de personnes n'a eu la possibilité de mener dans notre canton une vie digne et autonome qu'en cette année. Cette incontestable réussite doit être un sujet de fierté pour tous et une incitation à travailler à préserver cette prospérité qui nous est donnée.
Ce résultat s'appuie aussi sur un tournant pris rapidement et avec succès par le canton, celui des nouvelles technologies. J'en veux pour preuve le fait que le cap des 10 millions d'appels de pages sur le site Internet de l'Etat a été franchi en août dernier. Grâce à l'extraordinaire résultat obtenu lors de l'élection du Grand Conseil le 7 octobre, 4'469'057 appels de pages du dimanche midi au lundi midi (2'814'701 pour le Conseil d'Etat le 11 novembre), nous avons même franchi ce mois-là la barre des 14,5 millions d'appels mensuels !
Si notre canton a été préservé, l'année qui s'achève a été agitée dans le monde et en Suisse. Le geste d'un déséquilibré à Zoug ou les attentats à New York et la violence au Proche-Orient sont dans toutes les mémoires. Leurs conséquences déploient encore leurs effets. Notre compassion accompagne les victimes de ces tragiques événements.
Cet apparent chaos du monde rend plus nécessaire que jamais l'existence de forums internationaux où les Etats puissent dialoguer et se coordonner et où les grandes agences internationales puissent faire entendre leur voix. Notre canton à la chance et le privilège de pouvoir remplir cette fonction. Le Comité international de la Croix-Rouge et le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ont par exemple déployé tous deux une intense activité pour alléger le sort des populations victimes des conflits récents.
Pour la Genève internationale, l'année 2001 aura aussi été celle de la confirmation. Confirmation de l'organisation de Telecom 2003, d'abord, par la signature le 30 novembre du contrat liant le canton à l'Union internationale des télécommunications, et confirmation du potentiel du canton par la toute récente attribution à Genève du siège du Fonds global contre le sida.
L'avenir est en marche, il tient à nous dans une large mesure qu'il nous sourie. Excellentes fêtes de fin d'année et que 2002 vous apporte bonheur et satisfactions !
Robert Hensler
Chancelier d'Etat
Madame Marie-Laure François, secrétaire générale du Département de l'instruction publique (DIP), prendra sa retraite à la fin de l'année, après 23 ans passés dans cette fonction et 39 ans au service de l'instruction publique et de l'enfance. Avec ce départ, une page de la vie du canton se tourne.
Madame François a travaillé aux côtés de trois conseillers d'Etat, André Chavanne, Dominique Föllmi et Martine Brunschwig Graf, assurant la continuité au sein du département et mettant sa connaissance intime du monde genevois de l'enseignement au service de notre canton.
" L'école publique genevoise est laïque. Elle l'est par la volonté populaire que nul ne songe à remettre en question. Sa grandeur consiste dans l'ambition de promouvoir la connaissance rationnelle, de contribuer au développement des facultés qui sont à la base de la rationalité et de l'explication rationnelle de l'homme et de l'univers " : ces lignes, écrites par Marie-Laure François en préface à un récent ouvrage, résument bien sa vision de l'enseignement public et les valeurs, issues des Lumières, sur lesquelles elle a fondé son engagement professionnel.
Ce projet pédagogique est connu sous le nom de " démocratisation des études ". Est-ce un hasard si le parcours personnel de Madame François l'anticipe ? Née dans un milieu modeste, elle a fait des études universitaires, ce qui n'allait pas de soi, et n'a pas cessé d'apprendre et de se tenir à jour des développements notamment en matière de pédagogie. Cette démarche suppose un large effort personnel et en cela aussi son parcours est exemplaire.
La carrière de Marie-Laure François a été fulgurante. Après quatre année de suppléance de latin-français-histoire à l'Ecole supérieure des jeunes filles, elle est nommée enseignante de latin en 1966. L'année suivante, elle préside déjà le Groupe des maîtres de latin. Elle est choisie comme experte par la Commission d'études permanente du cycle d'orientation une année plus tard, en 1968, et devient sous-directrice du cycle en 1974. André Chavanne l'appelle au secrétariat général du Département de l'Instruction Publique (DIP) en 1978. Elle ne le quittera plus, incarnant au plus haut degré le sens de l'Etat et du service public.
D'André Chavanne, elle a dit avec envie " il travaillait par bouffées ", elle qui travaille comme Franziska Moser-Rochat court : en marathonienne de classe. André Chavanne encore, dont elle a aussi dit qu'étant donné la longueur de son mandat et la lourdeur de sa charge, il s'était fait remarquablement peu d'ennemis. Ce compliment, je pense pouvoir le retourner à Marie-Laure François. A mes yeux, la raison de cette absence d'inimitié est simple ; elle tient au rayonnement de l'intelligence du coeur, à un sens de l'écoute, un respect d'autrui et à l'art d'être soi-même en toutes circonstances.
Dans un geste qui l'honore, Madame François a offert sa démission aux deux conseillers d'Etat qui ont succédé à André Chavanne, Dominique Föllmi et Martine Brunschwig Graf, afin de leur permettre de constituer leur équipe et de mener le département selon leurs voeux. Tous deux ont décliné cette offre et ont su, par delà les différences d'étiquette politique, établir avec Madame François les liens de confiance nécessaire à la marche d'un département central comme l'est le DIP. Cette situation, rare, est une illustration supplémentaire des qualités humaines et professionnelles de Madame François, mais aussi des élus qui ont dirigé le DIP.
Première femme nommée secrétaire générale dans l'histoire de notre canton Madame François a dû faire face à une certaine hostilité de ses collègues masculins. Elle était trop jeune, trop femme et de surcroît elle avait brûlé les étapes et accédé aux plus hautes fonctions à un âge où d'autres entament leur ascension professionnelle.
Curieuse de tout, passionnée d'apprendre, Madame François laisse une impression rayonnante à ses collègues et collaborateurs. Son penchant pour le café à l'italienne, le chocolat et les cigarettes mentholées restent dans toutes les mémoires, mais aussi son amour des enfants, sa passion de la lecture, de l'antiquité, ou des rives de la Méditerranée, son langage direct et chaleureux et son humour.
Je voudrais terminer en la remerciant de son apport à ce canton, apport dont nous ne prendrons la mesure qu'avec le temps. Avec elle, la république perd un cadre supérieur de haut vol, qu'il ne sera pas facile de remplacer.
Robert Hensler
Chancelier d'Etat