" Nous ne vivons pas seulement à notre époque. Nous portons toute notre histoire avec nous. *"
Dès le Xème siècle av. J-C, Genève profite de sa position géographique. Placée sur l'axe Europe du Nord - Méditerranée via le Rhône, elle bénéficie des avantages économiques et commerciaux de sa position.
Vers 800 avant J-C, des tribus celtes d'origine indo-européenne se fixent sur le Plateau suisse et en Gaule. Une de ces peuplades, les Allobroges, s'installe sur la colline qui deviendra le noyau historique de Genève (la Vieille Ville). L'endroit est idéal car protégé sur trois côtés par l'Arve, le Rhône et le lac Léman. Le côté vulnérable, à l'est, est renforcé par des palissades.
En 120 avant J-C, les Romains s'emparent du Sud de la Gaule et soumettent les Allobroges. Genève devient un poste frontière.
C'est en 52 av. J-C que le nom de Genève apparaît sous la plume de Jules César. Ce dernier raconte comment il a repoussé les Helvètes en faisant couper le pont de Genève. Sous l'Empire romain, Genève est une cité prospère, une ville marchande importante. Politiquement, elle dépend du pouvoir de Rome. Plus concrètement, celui-ci est exercé par l'aristocratie locale au nom de l'empereur. Genève n'est alors qu'un bourg fortifié.
Le IIIème siècle après J-C marque le début du déclin de l'Empire romain. Les premières invasions du Nord commencent. Les Germains et les Alamans contraignent les villes Gauloises au repli et à la construction de fortifications.
L'installation pacifique des Burgondes dans la région est l'événement marquant du Vème siècle. Genève devient pour un temps leur capitale avant de céder ce titre à Lyon en 470. En 534, le royaume burgonde est absorbé par les Francs. Genève fait partie des deux royaumes qui se succèdent: mérovingien puis carolingien. En 1032, l'Empire germanique étend sa domination sur Genève.
Dès le VIIème ou VIIIème siècle les évêques deviennent les vrais seigneurs de Genève, les rois francs ne gouvernant que théoriquement car trop éloignés des villes et à la tête d'un territoire par trop morcelé.
Dès le milieu du IXème siècle, le pouvoir quasi absolu de l'évêque se trouve menacé par les seigneurs locaux que sont les comtes de Genève. A l'origine, les comtes locaux sont des fonctionnaires royaux qui gèrent leurs terres de façon toujours plus autonome. Ils parviennent à s'introduire à Genève et y construisent même un château. L'évêque Humbert de Grammont parvient à faire plier le Comte Aymon Ier. Dans l'accord de Seyssel de 1124, le comte de Genève renonce à tous ses droits sur le gouvernement de la ville. Les visées des comtes sur Genève ne s'éteignent pas pour autant. Il faut l'intervention de l'empereur Frédéric Ier pour accorder la garantie impériale aux possessions de l'évêque et la reconnaissance des représentants de l'épiscopat comme princes immédiats de l'Empire.
Aux XIème et XIIème siècles, Genève entame une phase d'extension. Les bourgs voisins rejoignent bientôt l'enceinte de la ville entraînant l'édification d'une nouvelle enceinte au XIIème siècle. La population de Genève est alors estimée à deux ou trois mille habitants à cette époque.
Le XIIIème siècle est marqué par la montée en puissance des comtes de Savoie et de leurs visées expansionnistes. Les convoitises savoyardes sur Genève dureront plus de six siècles. Le traité de Turin y mettra un terme définitif en 1754.
Bientôt, une nouvelle menace se dessine pour le pouvoir épiscopal: la communauté des citoyens. Dans le Livre des Franchises, l'évêque Aymon de Quart reconnaît l'existence légale de la commune en 1309, et lui confie l'administration de la ville. La suite du XIVème siècle est une succession de conquêtes communales: les syndics (élus de la commune) obtiennent le droit d'exercer la justice pénale, fonction habituellement dévolue aux seigneurs locaux. Les syndics sont élus chaque année à l'issue d'une assemblée de citoyens, le Conseil général.
Le XVème siècle voit la menace savoyarde se préciser. Genève est entièrement cernée par la Maison de Savoie. Par un concours de circonstances insolite, entre la moitié du XVème siècle et la Réforme, cinq évêques genevois sont membres de la maison de Savoie. Le sort de la cité semble scellé; tôt ou tard, Genève tombera aux mains de la Maison de Savoie. Ce scénario semble inéluctable, la commune collaborant étroitement avec l'épiscopat. Des liens se tissent entre certaines familles genevoises et la noblesse du duché savoyard, par le biais de mariages notamment.
Jusqu'alors, les relations entre Genève et les cantons suisses sont strictement commerciales, chacun tirant un profit substantiel des foires qui se tiennent dans la région. La menace savoyarde sur Genève va leur donner une tournure plus politique.
Si Genève ne tombe pas dans les mains du Duc de Savoie, elle doit son salut à deux cantons suisses: Berne et Fribourg.
Le traité de combourgeoisie signé entre Genève et les deux cantons suisses marque une étape importante dans leur rapprochement. Cet accord d'assistance mutuelle est signé en 1526. Sa portée est immense. La politique extérieure échappe pour la première fois à l'évêque. Evénement fondamental de l'histoire genevoise, le traité de combourgeoisie sonne le glas du pouvoir épiscopal.
Dès 1527, la commune administre la justice civile; l'évêque règne mais ne gouverne plus. Bientôt apparaît un second organe "démocratique": le Conseil des Deux-Cents qui deviendra le véritable organe délibératif de la ville et est pourvu d'un droit d'initiative. Par une cooptation mutuelle, le Conseil des Deux Cents désigne le Petit Conseil (gouvernement) qui lui-même élit les membres du Conseil des deux Cents.
Dès 1526, les marchands allemands propagent les idées de la Réforme luthérienne. Les adeptes de cette nouvelle foi sont cependant peu nombreux. Le mouvement se développe toutefois dès 1530 sous l'influence du prédicateur Guillaume Farel. Placé sous la protection des Bernois convertis dès 1528, Farel sera leur missionnaire en terre romande. Durant l'année 1533, la majorité de la classe dirigeante se convertit à la nouvelle foi.
Les raisons de cette conversion sont complexes et multiples. Religieuses d'abord. La doctrine luthérienne correspond mieux aux aspirations matérielles et religieuses des bourgeois des villes et à l'esprit citadin. Des motifs politiques sont également à considérer. En effet, le duc de Savoie est catholique. L'hostilité à l'égard du duc se reporte sur sa religion.
Le 10 août 1535, le Conseil des deux Cents suspend la messe. La Cour épiscopale est transférée à Gex et les biens de l'Eglise sont confisqués. La Réforme met un terme à cinq siècles de pouvoir épiscopal sur Genève.
En juillet 1536, Jean Calvin fait étape à Genève. Il est l'auteur d'une oeuvre théologique majeure: l'Institution chrétienne. Guillaume Farel convainc le jeune théologien français de rester à Genève afin d'œuvrer à la consolidation de la Réforme.
L'action de Calvin sur la ville ne se réduit pas à des considérations théologiques ou religieuses. Bien que n'occupant que la présidence des pasteurs, son influence touche aussi les domaines culturels, politiques et économiques.
Auteur des Edits civils de 1543, qui servent de constitution à la République, Calvin s'érige en législateur de la Genève d'Ancien Régime. Il veut instituer un équilibre entre le pouvoir politique et ecclésiastique, ce dernier ne devant pas être inféodé à l'Etat.
Sur le plan de la morale aussi, Calvin laisse son empreinte sur la ville. Les moeurs sont soumises à un contrôle sévère. Un tribunal est chargé de veiller à leur respect et de punir les infractions: le Consistoire.
Dès 1550, Genève accueille les protestants qui s'exilent de France et d'Italie. La population de la ville va doubler en 10 ans. La cité de Calvin devient la Rome du protestantisme.
Un élan très vif est donné à la culture et à l'éducation sous la Réforme. La Genève réformée devient une ville savante. Calvin y fonde l'Académie et le Collège en 1559. L'instruction élémentaire est également en pleine expansion; le taux d'alphabétisation des Genevois sera toujours supérieur à celui de leurs voisins catholiques.
L'arrivée massive des réfugiés protestants fuyant la persécution a des incidences économiques sur la ville. Plus que le nombre de migrants, c'est leur origine qui aura des incidences sociologiques. Très souvent, ces nouveaux arrivants font partie de l'élite intellectuelle et morale. Ils sont savants, hommes d'affaires, banquiers ou artisans. L'essor économique et intellectuel qui s'opère est imputable en partie à cet afflux de réfugiés.
Ainsi, pour la première fois, l'industrie genevoise travaille pour l'exportation. L'imprimerie est la première branche à s'affirmer. Grâce à sa production de livres, religieux surtout, Genève répand les idées de la Réforme et voit ses revenus augmenter. A la fin du XVIème siècle, la production de livre perd de son importance au profit de la soierie dont la production est en pleine expansion.
Au plan politique, les XVI et XVIIèmes siècles consacrent l'avènement de la bourgeoisie. La classe industrielle et commerçante genevoise prend de l'importance, contribuant à la prospérité matérielle de la République
Chancellerie d'Etat